‹ Vie de S. Camille de LellisChapitre 182 sur 237 · LIVRE SECOND · texte numérisé non relu

LIVRE SECOND

murs de sa chambre en gros caractères les psaumes de la pénitence, qu'il lisait souvent avec de? sentiments dîme tendre piété et en versant des larmes ?

11 fit placer le tableau dans un endroit où il pût aisément le voir, et il méditait continuellement sur le mystère qu'il représentait. Il ordonna à l'infirmier, qu'au moment de sa mort il avertît le Père qui l'aidait à bien mourir, de lui rappeler sans cesse d'espérer fermement d'être sauvé par les mérites et le sang de Jésus-Christ, et de continuer à lui parler de ce sang précieux et salutaire pendant son agonie, et même encore un demi-quart d'heure après sa mort.

Tout, même ce qui est ordinairement agréable à la nature, était pour lui insipide et lui inspirait comme une sorte d'horreur; il souffrait beaucoup en particulier, quand il lui fallait prendre quelque aliment pour se sustenter ; c'étaient de simples baissons. Depuis trente mois il éprouvait ce dégoût général ou défaut d'appétit; et ce n'était que pour obéir au médecin et à ceux qui l'assistaient, qu'il ne refusait rien de tout ce qu'on lui présentait, en se faisant une grande violence, se ressouvenant du fiel et du vinaigre qu'on donna à son Sauveur, lui offrant ses souffrances en expiation de ses fautes. Et voulant recommander à ses enfants tous les moyens propres à nous exciter àla vertu et à la piété, principalement au moment de la mort, où les objets qui frappent nos regards se fixent mieux dans la mémoire, il tenait attachées à ses bras diverses médailles bénites, et il les

baisait très souvent pour gagner l'indulgence plénière accordée à l'article de la mort.

Le même jour, 12 juillet, il reçut le soir la visite de Don François de Castro, ambassadeur à Rome de Philippe III, roi d'Espagne, personnage illustre, qui releva la gloire de son blason par l'éclat de ses vertus, et foulant aux pieds le faste et l'orgueil du monde revêtit l'habit de moine de saint Benoit et termina sa vie exemplaire dans un cloître. Ce prince recommanda avec une tendre affection aux prières du saint sa personne, ses enfants et son épouse. Il fit ensuite retirer les assistants, et s'entretint un moment en secret avec Camille ; on croit qu'il le supplia de s'intéresser auprès de Dieu en faveur de la famille royale et des affaires d'Espagne.

Les visites de ce jour terminées, un Père de l'Ordre lui dit : « Hier vous n'avez pas voulu de visites, et aujourd'hui Dieu vous en a envoyé en si grand nombre, qu'elles ont suppléé à la pénurie de celles d'hier. » Camille répondit : « Ce sont des Religieux qui sont venus me voir, et Dieu les a envoyés pour me secourir et m'aider de leurs prières ; > et après avoir dit quelques autres paroles, il ajouta, se plaignant de l'idée avantageuse qu'on avait de lui : « Je n'y comprends rien, tous viennent se recommander à mes faibles prières, comme sij'étais quelque chose ; ils ne savent pas que je suis un vil pécheur et un Religieux indigne. » Et comme ce Père lui disait : « Au moins Dieu aura égard à votre foi, » il répondit : c Dieu veuille qu'ils ne soient pas trompés dans leur attente! »

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