LIVRE SECOND
Le dimanche, 13 juillet, dès le matin, en présence d'un grand nombre de Pères et de Frères, il se fit lire la profession de foi que l'on propose aux mourants. Il protesta de vive voix avec une grande piété, qu'il désirait vivre et mourir véritable et fidèle catholique, et qu'il croyait fermement tout ce que croit notre sainte Mère l'Église catholique, apostolique et romaine. Il exhorta tous ses Religieux à garder cette croyance, et en particulier à se montrer soumis aux Pontifes romains. 11 voulut avoir toujours avec lui l'écrit qui contenait cette protestation, ordonna qu'on le lui attachât autour du cou, quand il serait mort, qu'on l'enterrât avec lui, comme confirmation de sa dernière volonté; il baisa dévotement le crucifix. Ses ordres furent ponctuellement exécutés.
Sur le soir, le cardinal Ginnasio envoya son neveu François Ginnasio et son secrétaire Emilio Sperelli, afin de s'informer en son nom de son état; Camille lui répondit : «Monseigneur le cardinal me fait trop d'honneur; je ne veux pas dire que je me montrerai reconnaissant envers lui sur la terre, puisque ma vie va bientôt s'éteindre ; mais si Dieu me fait la grâce de jouir de sa présence dans le ciel, je me souviendrai de prier pour Son Éminence. »
Quand les visites eurent cessé, il fit avec une grande ferveur des actes d'union avec Dieu. Il voulut qu'on lui apportât son tableau, qu'il ne perdait jamais de vue; il baisa chacune des images, et, fixant les yeux sur elles, il leur adressa des paroles douces et affectueuses, et commençant par
Jésus-Christ crucifié, il lui dit : « 0 mon Sauveur ô vous qui êtes si miséricordieux, je vous recommande cette âme que vous avez rachetée, en répandant, jusqu'à la dernière goutte, le sang qui coulait dans vos veines. Faites, par un effet de votre bonté infinie, que cette âme qui sortitde voire sein par la création, retourne à vous purifiée par votre douloureuse Passion et votre mort cruelle sur la croix ; comme les éléments retournent à leur centre, qu'ainsi je retourne à vous, ô mon Dieu ! Lavez, je vous en conjure, avec une goutte de ce sang divin, toutes mes souillures. C'est auprès de vous que j'accours, auprès de vous, dont le propre est d'être miséricordieux et de pardonner. Si vous me rejetez, où irai-je ? Il faudra, ne le permettez pas, Seigneur, que je tombe dans l'abîme éternel. C'est pourquoi, ô Seigneur plein de clémence, pardonnez à votre serviteur que vous avez racheté par votre précieux sang; c'est en vous, Seigneur, que j'ai fixé l'ancre de mon espérance ! » Et se tournant vers la sainte Vierge, il lui dit : « O bienheureuse Mère de Dieu, par vos gémissements, par vos larmes et la constance que vous avez montrée au pied de la croix, obtenez- moi, ô ma Heine, de gémir sur mes péchés et de supporter avec courage toutes mes douleurs; obtenez-moi de votre divin Fils le pardon de mes iniquités. » Se tournant vers le Père éternel, il lui dit : « Père éternel, voici votre saint Fils, je vous supplie, Seigneur, par son précieux sang de mepardonner, et de sauver cette âme pécheresse. » Après, il baisa les saintes images, commençant par le crucifix.
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La mêm: nuit, il dit à un des Pères qui le veillait : « Je ne sais si jusqu'à présent on a pensé aux choses nécessaires pour mon enterrement. » Le Père répondit qu'on en avait parlé. Camille ajouta : « Prenez garde, il n'y a plus que demain ; » et il en fut ainsi. Pourquoi tant de préoccupations au suj t de sa sépulture ? Il est permis de croire qu'il devait craindre qu'on ne rendît quelque honneur à ses restes ; c'est pourquoi il désira que tout fût réglé d'avance, afin qu'il fût enterré promptement et sans pompe; tant était grande son humilité, son mépris de lui-même !
Le lendemain, 14 juillet, fut le dernier jour de sa vie, jour de bonheur pour lui, de tristesse pour ses enfants, et d'allégresse peur les anges. Il fut visité de nouveau par le cardinal Protecteur Ginnasio en personne. Camille reçut de sa visite une grande consolation ; il lui recommanda son Ordre, et le cardinal lui promit de le protéger, tant qu'il vivrait. Entendant ensuite sonner l'horloge, il demanda quelle heure il était; on lui dit qu'il était huit heures. Il ajouta : « Comment, déjà si tard! et on ne parle pas de dire la messe ! c'est la dernière que je dois entendre. » On célébra alors le saint sacrifice sur l'autel de l'infirmerie, comme on faisait tous les matins. Pendant la récitation du Credo, il baissait la tête, à chaque article; surtout à ces mots : Et homo factas est, il fit une inclination de tète très profonde. Il fit la même chose depuis ces paroles : Passus sub Pontio Pilato, jusqu'à Et inde venturus est, méditant sur la Passion de Jésus-Christ. Quand le prêtre fut arrivé
au premier Mémento, étant plus que jamais saisi de crainte sur son salut, il dit d'une voix forte : « Mes Pères et mes Frères, priez, priez pour moi le Seigneur de me faire miséricorde, car voici bientôt le moment où je vais paraître devant le tribunal redoutable de Dieu, et entendre prononcer ma sentence. » A l'élévation de l'hostie, élevant la voix autant qu'il pouvait, et se frappant fortememt la poitrine, il dit, les yeux baignés de larmes : « Seigneur, ayez pitié de moi, je vous en conjure par le sang précieux que vous avez répandu sur la croix. » La messe terminée, il pria son directeur de ne pas s'éloigner un instant de son lit, afin que s'il se rappelait quelque faute, il pût s'en confesser, et qu'il nourrît son âme de pieux entretiens ; tant était grand cet amour qui le faisait soupirer après Dieu !
Il passa le reste du jour à entendre parler sur des matières de spiritualité et à méditer sur les vérités éternelles. Il suppliait tous ceux qui venaient le voir de prier Dieu pour lui ; il adressa en particulier cette demande au pieux François Botelli, qui lui était attaché par les liens d'une étroite amitié. Quand celui-ci s'approcha pour lui baiser la main, Camille lui dit : « Priez pour moi ce soir. » Le médecin de la maison, Thomas Gondopoli, entra pour le visiter, et lui demanda comment il se trouvait : « Très bien, lui dit-il, car le Seigneur ne tardera pas de m'appeler. » Et le docteur Ambroise Galliano, qui avait pour le serviteur de Dieu une grande vénération, étant entré dans la chambre, Camille, en l'apercevant, lui dit : « Monsieur Gai-