‹ Vie de S. Camille de LellisChapitre 188 sur 237 · LIVRE SECOND · texte numérisé non relu

LIVRE SECOND

dans Rome, une foule nombreuse de gens de tout rang, de tout âge, de tout sexe, accoururent pour le voir et le vénérer; la stupeur fut générale. On disait communément : « Allons voirie Saint; allons voir le Bienheureux. » Tous s'efforçaient, avec un grand sentiment de tendresse, de lui baiser les mains, les pieds, le visage, de leur faire toucher des rosaires, des bouquets et des fleurs; ceux qui ne pouvaient se procurer cette faveur tiraient les bagues de leurs doigts et les plaçaient aux siens. Quelques prêtres disaient en lui baisant lesmains : « 0 mains bénites, consacrées par la charité! » Les aveugles qui demandaient l'aumône à la porte de l'église, encouragés parla dévotion du peuple, ajoutèrent aussitôt à leurs prières des paroles à la louange du seiviteur de Dieu, l'appelant Bienheureux et exaltant surtout son grand amour pour les pauvres. Les Pères avaient placé sur le corps vénéré quelques bouquets de myrthe et d'autres fleurs odoriférantes, usage pieux établi à Rome ; on les enlevait avec tant d'empressement qu'on fut obligé, pour les remplacer, d'en porter d'autres en quantité considérable, ce qui empêcha de quelque manière les habits d'être mis en pièces par la dévotion des fidèles. Il y en' eut cependant d'assez hardis pour couper quelques mèches de ses cheveux, qu'ils emportèrent comme de précieuses reliques. Un grand nombre de personnes de la première noblesse ne pouvaient se séparer de ce corps vénérable. Il semblait que des rayons de sainteté jaillissaient de son auguste visage et inspiraient la dévotion à tous ceux qui le regardaient Un gen-

tilhomme espagnol dit qu'il n'était point dans l'erreur en le tenant pour Saint, parce que, lui ayant touché les mains, il les trouva souples et flexibles, comme celles d'un autre Saint qui mourut en Espagne, quand il se trouvait dans ce royaume.

Les Pères ne s'étaient pas attendus à une si grande affluence; on avait déjà brisé tous les balustres de l'église et les pieds du brancard; pour éviter à l'avenir tout désordre, ils jugèrent convenable de soustraire le corps aux regards du peuple et de le transporter ailleurs. Au déclin du jour, quand on fut informé de cette résolution, on se précipita en tumulte pour le voir, et les Pères se virent obligés de requérir un bon nombre d'officiers de police pour arrêter la foule toujours croissante. On enferma le corps dans la sacristie.

Les Pères crurent qu'il était prudent, pour prévenir tout accident fâcheux, que le corps du Saint fût inhumé cette nuit même. On le plaça provisoirement dans un cercueil de bois de cyprès, en attendant qu'on en fît d'autres. Dès le point du jour, le concours de la foule recommença ; mais comme on ne trouvait point le trésor désiré, chacun retournait chez soi triste et abattu. C'est ainsi qu'on arrêta le tumulte occasionné par cette affluence extraordinaire.

Le troisième jour, on exhuma le saint corps, afin de le placer d'une manière plus décente. La duchesse Sforza et d'autres dames de qualité désirèrent le voir. Il fut trouvé dans le même état qu'auparavant, ayant conservé ses articulations flexibles, et obéissant au mouvement qu'on lui

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