LIVRE SECOND
et l'encouragea en lui disant que, malgré les pronostics des docteurs, il n'était pas en danger. Voyant que sa tête était découverte, il lui demanda s'il n'avait pas de bonnet, et le malade ayant répondu qu'il l'avait } erdu dans le lit, il le chercha soigneusement sans le trouver. Camille ordonna à l'infirmier de lui en procurer un autre; mais l'infirmier ne put trouver la clef de la garde-robe. Le serviteur de Dieu se rendit alors à la hâte dans sa propre chambre, prit son bonnet, le plaça sur la tète du Novice, et, ayant fait ensuite une courte prière et le signe de la croix sur son front, il s'en alla. A peine avait-il fait quelques pas hors de l'infirmerie que, au grand étonnement de ceux qui étaient présents, le malade eut un violent accès de fièvre, accompagné d'une transpiration si abondante, que deux matelas en furent mouillés. Chacun crut que la mort était imminente, et plusieurs personnes de la Maison se rassemblèrent autour du lit; elles remarquèrent que le patient grelottait de froid, et que son visage avait pris une teinte jaune et sinistre. Mais, après avoir passé deux heures dans ce paroxysme, il fut tout à fait bien, à la grande surprise des médecins, qui, le soir, à leur retour, ne trouvèrent aucun symptôme de fièvre ni d'aucune autre maladie. Le jeune homme déclara dans la suite que Camille n'avait pas plutôt mis le bonnet sur sa tête, qu'il avait éprouvé ce paroxysme, qui fut suivi de la santé. En 4599, Dominique Romito, de Camerino, cocher au service du cardinal Saint-Georges, à Home, fut si cruellement mordu au bras gauche près de
la main par un cheval, que l'os fut fracturé et les veines ouvertes, et qu'il resta presque sans vie, sa main pendant au bras, auquel elle était attachée seulement par les tendons. Il fut transporté dans un état d'insensibilité complète à l'hôpital du Saint-Esprit, et les chirurgiens décidèrent que sa vie ne pouvait être sauvée que par l'amputation de la main. Tandis qu'ils se disposaient à faire l'opération, saint Camille, ému de compassion pour ce malheureux, les pria d'ajourner un peu l'opération, disant qu'il espérait que le Seigneur le guérirait sans ce remède douloureux. Les médecins, qui le regardaient comme un Saint, acquiescèrent à sa demande. Camille tomba à genoux, se mit en prières près du lit, et, se relevant ensuite, il fit le signe de la croix sur le front du blessé et souffla dans ses oreilles. Aussitôt le mourant reprit ses sens. Après avoir mis en poudre quelques débris de terre cuite, le serviteur de Dieu adapta la main au bras, appliqua la poudre sur la fracture, et recommanda cet homme aux soins des servants. Les chirurgiens furent surpris en apprenant ce que Camille avait fait, et bien plus grande fut leur surprise quand ils virent, à son départ, que la main était aussi solidement jointe au bras que s'il n'y avait pas eu de fracture. Ils comprirent alors que le Saint avait fait usage de la poudre pour cacher le miracle. Quatre mois après la mort du vénérable Père, le même Dominique, entendant parler des miracles qui avaient été opérés sur son tombeau, vint de lui-même trouver les Religieux Ministres des infirmes ; il