‹ Vie de S. Camille de LellisChapitre 200 sur 237 · LIVRE SECOND · texte numérisé non relu

LIVRE SECOND

pour le soigner, la blessure s'envenima. L'infortuné se fit transporter dans un hôpital de Gênes, avec l'intention de ne plus retourner à son monastère. Le mal fit des progrès si rapides, que l'amputation de la main fut jugée indispensable ; elle fut seulement ajournée jusqu'à ce qu'il eût repris un peu plus de forces, et que la mortification des chairs rendît l'opération moins douloureuse. Alors une fièvre maligne vint augmenterses souffrances, et il fut réduit à une telle extrémité, que les médecins, regardant la guérison comme impossible, déclarèrent qu'il ne pourrait vivre que deux ou trois jours encore. Dans ce triste état le pauvre Religieux fit prier saint Camille de venir le voir. Le Saint arriva et conversa quelque temps aveclui, lui faisant promettre de changer de résolution et de retourner au couvent. Il fit ensuite le signe de la croix sur la main du blessé, et à son départ il Tassura qu'il avait prié pour lui. Le jour suivant M. Giovanni, habile chirurgien, délia la bande qui entourait la main, pour la panser; à son grand étonnement, il trouva que la plaie était entièrement cicatrisée. Il demanda qui avait visité le malade, et on lui dit qu'il n'avait reçu d'autre visite que celle du Père Camille. « C'est assez, répliqua le chirurgien, il est guéri ; » et en effet, il quitta quelques jours après l'hôpital parfaitement rétabli, annonçant partout qu'il était redevable au Père Camille de la guérison de sa main et de la conservation de sa vie. Néanmoins il ne tint pas sa promesse, et, au lieu de retourner à son monastère, il prit du service comme aumônier

d'une galère de Carlo Doria, et passa avec les troupes en Piémont, pour voir les camps d'Espagne et de Savoie, qui étaient alors en guerre. Là, comme il était monté sur un bastion appartenant aux tranchées du camp espagnol, il fut atteint par un obus, qui mit son corps en lambeaux.

Tandis que Camille desservait l'hôpital delV- Annunziata à Naples, on y amena un aveugle de naissance, appelé Jean-Jacques di Lauria de Celento, qui était consumé par une fièvre ardente- Un jour, en essayant de se lever, le pauvre homme tomba lourdement du lit, et commença à crier au secours. Le saint et un autre prêtre de l'Institut, l'ayant relevé, le placèrent dans son lit. Camille posa les mains sur sa tête, l'exhortant à la patience, et en se retirant, il lui dit : « Mon frère, ayez confiance dans le Seigneur. » A peine ces paroles furent-elles prononcées, que, ouvrant les yeux, il trouva qu'il y voyait parfaitement, et étant en même temps guéri de la fièvre, il cria avec force : « Miracle ! miracle ! » Grand fut Tétonnement des infirmiers, des malades et de tous ceux qui étaient présents, quand ils virent cet aveugle marcher sans guide et retourner à sa maison. Plus grande encore fut la surprise du docteur Conti et du portier de l'hôpital, qui pouvaient mieux apprécier cet événement prodigieux. Cependant le serviteur de Dieu défendit, en vertu de la sainte obéissance, au prêtre qui Pavait aidé à relever l'aveugle, et qui par conséquent avait été témoin oculaire de ce grand prodige, de le faire connaître, parce qu'il n'était point son œuvre,

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