LIVRE SECOND
on ne découvrit aucun autre vice dans l'organisme. Le cœur fut trouvé intact, d'un rouge éclatant, et si grand, que tous ceux qui le virent en furent étonnés. On l'envoya, comme une précieuse relique, à la Maison professe de Naples, la plus aimée de Camille après celle de Rome, qui était la première de toutes les Maisons de l'Ordre. Il y est renfermé dans une magnifique statue d'argent de la valeur de deux mille ducats. On en avait séparé une petite partie, qui fut envoyée à l'Établissement de Messine, où on la conserve encore avec un grand respect.
Les portraits du Père Camille, qui sont entre les mains de tout le monde, sont peints d'après un masque de plâtre, que fit faire, après sa mort, Jean-Baptiste Grescenzio, frère du cardinal de ce nom, tous les deux ses anciens fils spirituels et ses amis dévoués. Il existe encore de lui un portrait en profil, peint par Joseph-César d'Arpino, artiste du plus grand mérite. Quand on fit le moule de plâtre, le visage fut un peu altéré et brûlé, parce que l'huile, dont il fallut se servir pour l'opération, était bouillante. Et il semble que Camille voulut se venger de ses enfants, parce qu'ils lui avaient désobéi, car il leur avait recommandé de ne point toucher à son corps ni de l'ouvrir.
Les Pères érigèrent un oratoire dans l'appartement, c'est-à-dire l'infirmerie, où le Saint avait rendu le dernier soupir ; ils l'ornèrent d'excellentes peintures à l'huile, dues au pinceau du Père François Meloni, Napolitain, prêtre Proies de l'Institut.
Dans la partie supérieure, en face de la porte,
on construisit un autel sur lequel se célèbre tous les jours le saint sacrifice de la messe. On y plaça le saint Crucifix qui parla au Père Camille, et le consola dans ses tribulations. On peignit à ses pieds le serviteur de Dieu à genoux, à droite l'Archange saint Michel, à gauche l'Ange Gardien. Le retable se termine en arc, occupant la muraille jusqu'à la voûte, qui s'étend tout le long de l'édifice. On y représenta au-dessus de l'autel le mystère ineffable de l'auguste Trinité, et la bienheureuse Vierge Marie offrant à son divin Fils le Père Camille et tous ses disciples. Le ciel est orné d'une multitude de chœurs d'Anges. Sur le reste de la voûte sont peints les Apôtres, les Vierges, les Confesseurs, disposés dans un ordre admirable, et d'une fort belle exécution. Au-dessus de la porte, dans l'intérieur, on voit les fondateurs d'Ordres.
Du côté de l'évangile, se trouve un fort beau tableau où l'on a peint le Père Camille sur son lit de mort, et le Cardinal Protecteur lui donnant en viatique le pain mystérieux des Anges. Du côté de l'epître est un autre tableau de même dimension, où est représenté Camille agonisant, et visité par Dom François de Castro, ambassadeur de Philippe III, roi d'Espagne. On visite et on vénère cette chapelle, parce que c'est le lieu où le Père des pauvres quitta cette vallée de larmes et d'exil, pour aller jouir des douceurs de la céleste patrie.
Onze ans après que ses restes furent confiés à la terre, en 1625, année sainte, sous le pontificat d'Urbain VII, où fut tenu à Rome le septième Chapitre général, où expira le temps du généralat de