‹ Vie de S. Camille de LellisChapitre 203 sur 237 · LIVRE SECOND · texte numérisé non relu

LIVRE SECOND

Sanzio Cicatelli, premier biographe du Saint, et fut élu le Père Frediano Pieri, les Pères furent tous d'avis de visiter et de voir le corps de leur bienaimé Fondateur. La nuit de l'Ascension, le 8 du mois de mai, on fit retirer le cercueil, et, quoiqu'il eût été si longtemps sous terre dans un endroit très humide, ce précieux dépôt fut trouvé sans corruption et sans lésion aucune, à l'exception du visage qui était noirci et brûlé pour la cause dont nous avons déjà parlé. Pour tout le reste, le corps était intact, sain et entier; les poils de la barbe, des sourcils, des paupières, et les cheveux étaient conservés, comme si on l'avait enterré le même jour. Les oreilles, le nez, les lèvres étaient sans raideur, comme tout le reste, les ongles blancs, les gencives rouges, les dents d'une grande blancheur, et la plaie de la jambe fort belle. Les bras obéissaient aux mouvements qu'on leur imprimait, comme s'il avait été vivant. L'aube, dont on l'avait revêtu, était en partie teinte d'un sang si vermeil, qu'il semblait avoir coulé depuis peu; les vêtements de l'intérieur étaient un peu détériorés. Le second jour les médecins firent au corps une large incision sous le sein gauche, il en sortit une matière liquide d'une odeur suave, en si grande abondance, qu'on put en imbiber plusieurs mouchoirs. Quand le bruit de l'exhumation des restes mortels de saint Camille se répandit dans Rome, une foule innombrable de personnes de tout rang accoururent pour les voir et les vénérer; c'étaient non seulement des hommes du peuple, des dames nobles, des princesses, mais aussi des ambassa-

deurs, des prélats et des cardinaux de la sainte Église. Ce concours dura neuf jours. Ce fut surtout une consolation ineffable pour tous les Religieux de revoir leur Père bien-aimé, leur Maître et le Fondateur de Leur Ordre. Ce ne fut pas seulement pour satisfaire la piété filiale des enfants de saint Camille et la dévotion des fidèles qu'eut lieu l'exhumation, on voulut aussi faire la reconnaissance légale du corps du Serviteur de Dieu, pour l'introduction de la cause de sa canonisation. Il fut ensuite replacé dans un tombeau deb;i'!ues, orné de stuc et de sculptures, et à l'époque de sa béatification, il fut transporté dans la magnifique chapelle récemment construite en son honneur, où ses reliques sont encore conservées dans une urne de marbre précieux, renfermée dans une autre de métal doré avec des ornementations en argeni. Les catholiques viennent en grand nombre vénérer le Saint, et des grâces conlinuelles sont obtenues de Dieu par son interces-ion. A celte occasion, on prit plusieurs reliques, qui sont présentement dispersées dans le monde entier, et entre autres, l'os de la jambe affligée pendant quarante-six ans par cette plaie dont nous avons si souvent parlé. Il est entièrement carié et perforé par les humeurs corrosives de la plaie, comme on peut le voir, car tous les ans pour la fête du Saint il est exposé sur le grand autel à la vénération des fidèles, et l'on est surpris que saint Camille ait pu supporter si longtemps les souffrances cruelles qu'elle a dû lui occasionner, et qu'il endura avec une patience si héroïque.

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