LIVRE SECOND
n'avait que peu de temps à vivre. Quelqu'un lui ayant suggéré de se recommander à saint Camille, il fit apporter le portrait du Saint et un peu de poussière de sa chambre (!). A peine ces objets furent-ils dans son appartement, que la fièvre le quitta : il put à l'instant descendre de son lit, et à la grande surprise de tous ceux qui étaient présents, il sortit de la maison et publia partout les louanges de son libérateur.
Anne-Lavinia Pieretti était affligée d'un érysipèle dangereux et d'un caractère très malin. Cette infirmité avait pris naissance dans la rotule, c'està-dire l'os rond placé à la partie antérieure de l'articulation du genou, et faisait tous les jours des progrès malgré les remèdes qu'on employait pour la combattre; elle avait engendré la gangrène, et formé autour de cet os plusieurs ouvertures larges et profondes. Des spasmes et une fièvre très ardente faisaient éprouver de cruelles souffrances à cette pauvre femme; les vomissements auxquels elle était sujette et la contraction des nerfs dans la jambe malade, pendant l'espace de huit ans, l'avaient réduite à un état tel que, soit par l'effet de la gravité du mal, ou de la violence des moyens employés pour obtenir sa guérison, ayant perdu tout espoir de recouvrer la santé, elle se disposait à mourir. Mais sa mère, entendant parler des prodiges éclatants opérés par les mérites de notre Saint, le choisit pour son
(1) On a obtenu et on continue à obtenir une quantité de grâces par le pieux usage de cette poussière bénie de la chambre de saint Camille.
intercesseur auprès de Dieu, afin d'obtenir sa guérison. Elle prit donc un peu de poussière des débris de la chambre qu'avait habitée Camille, la répandit sur un morceau de drap, en enveloppa le genou de sa fille malade, en invoquant son secours. Ce fut un spectacle merveilleux que de la voir aussitôt entièrement sans douleur et sans mal quitter son lit, et réjouir sa mère et sa famille désolées qui la regardaient déjà comme morte. La soirée se passa dans la joie, et le lendemain matin, le chirurgien trouva le genou entrés bon état et parfaitement sain ; une chair nouvelle remplissait les cavités formées par la gangrène. Voici un autre exemple d'une tumeur maligne, accompagnée de souffrances non moins cruelles, et guérie par l'intercession du Saint. De cette même infirmité se trouvait atteint, également au genou, un prêtre d'Olivano, appelé Alexis Rocchis; et cette tumeur s'était tellement accrue, que le genou surpassait en grosseur la cuisse elle-même. Néanmoins les médecins réussirent avec leurs remèdes et les bains à le faire désenfler. Mais le genou n'étant plus recouvert que par la peau, et les tendons de cette partie du corps, où los de la cuisse se soude à l'os antérieur de la jambe, étant corrodés par l'âcreté des humeurs, il s'ensuivit la disjonction et la corruption de ces mêmes os. Il est impossible de raconter quelles furent les douleurs occasionnées à cet infortuné par une plaie semblable, dans quelles souffrances il passait les jours, et les nuits plus tristes encore, sans pouvoir goûter un instant les douceurs