LIVRE SECOND
On exorcisait un possé lé dons l'église cathédrale, lorsque deux des Religieux de Camille vinrent à y entrer. A peine le possédé les eut-il aperçus, qu'il s'écria avec tous les signes de la plus vive contrariété : « Quels sont ces Pères qui portent une croix rouge sur la poitrine? — Ce sont, lui répond l'exorciste, des Religieux d'un nouvel Ordre, récemment arrivés à Bologne et dont le but est d'assister les infirmes au moment de la mort. > Prenant alors le ton du mépris et de la dérision : « A quoi donc peuvent-ils servir, réplique-t-il? Que pourra jamais faire au monde ce nouvel Ordre? Après tout, celui qui est sur le point de mourir, se trouve nécessairement dans l'une de ces deux alternatives : ou bien il a mené une vie bonne et honnête, ou bien il a mal vécu; s'il s'est conduit en homme de bien, il n'a que faire de ces Religieux, car saint Augustin dit : Non potest maie mon', qui recte vixerit. « Celui-là ne peut faire une fin malheureuse qui a bien vécu. » (Et il amène d'autres sentences des saints à l'appui de son raisonnement.) Si au contraire il a mal vécu et qu'il se trouve dans cet état au moment de la mort, ces Religieux lui sont encore tout à fait inutiles d'après ces paroles de l'Écriture : Ubi te inrenero, ibi te judicabo, » Là où je trouverai le pécheur je le jugerai. » Et d'autres semblable*, qu'il essaie de tourner à l'avantage de son argument. Finalement il conclut que l'Ordre des Ministres des Infirmes est absolument inutile au monde.
Pour combattre en face l'ennemi du genre hu-
main, l'exorciste lui répond aussi par les texte? des Écritures et le réduit au silence parcesparol s du prophète Ézéchiel: Impietas impii non nocebit ei in quacumque die conversus fuerit ab impietale sua « l'impiété du pécheur ne lui nuira pas, quand il se convertira ; » et ces autres : Nolo mor* tem morientis, dicit Do minus Deus, rêver timini et vivite, — « je ne veux pas la mort du pécheur dit le Seigneur Dieu; revenez à moi, dit-il, et vivez. » Il lui rappelle l'exemple du bon larron, revenant à Dieu et se convertissant à sa dernière heure et celui de beaucoup d'autres pécheurs qui obtinrent leur pardon et donnèrent au moment de la mort des signes de vraie pénitence, avant-coureurs de leur salut éternel.
A tout cela, le démon ne sut que répondre. Le possédé, poussant alors un profond soupir, chercha à se défaire des liens qui le retenaient attaché et se tordant en tous sens, il s'écria à haute voix : t Ah ! que cela est bien vrai ! que cela est bien vrai ! • ce qu'ayant dit il se tut, se renfermant dans un honteux silence.
C'est ainsi qu'une fois de plus, Satan dut s'avouer vaincu en rendant lui-même témoignage à la vérité, Dieu se plaisant à exalter son serviteur Camille et ses pieux disciples, imitateurs de ses vertus et fervents continuateurs de son œuvre de charité.