CHAPITRE XXXII
Particularités de l'Institut de Saiut-Camille, ses progrès jusqu'à nos jours. Dévouement des Ministres des Infirmes pendaut le cboléra.
Saint Camille voulut que les Religieux de son Ordre portassent le nom de Ministres des Infirmes, et c'est sous cette dénomination qu'ils sont connus de nos jours. Il est vrai que, dans plusieurs villes d'Italie, le peuple a coutume de les appeler les Pères du Bien mourir, parce qu'on les voit nuit et jour assisteras mourants, riches et pauvres, sans distinction aucune. En Espagne, on les appelle Agonisants. En France on les connaît sous le nom de Pères Camilliens. Ils portent l'habit clérical, comme tous les autres prêtres, et sur la poitrine une croix d'un rouge très foncé, du côté droit, tandis que les chevaliers des Ordres militaires la portent du côté gauche. Ils font les vœux ordinaires de chasteté, de pauvrelé et d'obéissance, comme les aulres Religieux. Eu outre, afin de donner de plus grandes preuves de leur amour pour leurs frères, et travailler plus efficacement à leur salut, ils s'obligent par un autre vœu solennel à les assister continuellement pour le corps et pour l'àme, dans la santé, dans la maladie, au moment de la mort, et même en temps de peste, et c'est ce quatrième vœu qui distingue leur Ordre des autres. Dans les hôpitaux, ils rem-
placent les servants mercenaires, qui s'acquittent souvent très mal de leur emploi, et servent euxmêmes les pauvres ; et là où ils ne peuvent remplir ce ministère charitable, ils les visitent tous les jours, mettant en pratique ces paroles du Sauveur : « J'étais infirme et vous m'avez visité (1). »
Pour remplir ces fonctions avec plus de fruit et d'exactitude, les Religieux se distribuent entre eux les exercices, se partagent le temps et le travail; quand les uns finissent, les autres les remplacent, et. après s'être acquittés du ministère de Marthe, ils imitent la vie contemplative de Marie dans leurs églises et leurs Maisons. Ils procurent aux personnes en santé les secours spirituels qui contribuent au salut de leur âme; ils leur font des lectures de piété, leur apprennent à faire l'oraison mentale, les confessent, leur prêchent, leur administrent les sacrements, et accomplissent tous les actes de religion, comme les autres Ordres, qui font une profession spéciale d'assister le prochain.
Le Père Camille pensa avec juste raison que ses Religieux, en s'acquittant de ces fonctions diverses avec des personnes qui étaient en parfaite santé, se familiariseraient plus aisément avec elles, gagneraient leur estime et leur affection, et qu'au contraire, s'ils n'avaient des relations avec elles qu'au moment où la vie leur échappe, celles-ci les regarderaient comme de sinistres messagers de la mort, dont la vue seule leur inspirerait de l'effroi.
La règle impose aux Pères l'oraison quotidienne ;
(1) Matth., xxv, 3G.