LIVRE SECOND
sujets excellents, morts en odeur de sainteté. Jetons maintenant un coup d'oeil sur les admirables effets que produisit cet esprit de charité héroïque de saint, Camille parmi ses enfants et ses disciples, et commençons à signaler à l'attention des lecteurs le Père François Pellicioni, tendrement aimé du Saint, qui, peu de jours avant sa mort, lui écrivit une lettre affectueuse dont nous extrayons les lignes suivantes : « Mon Père, si nous ne nous revoyons plus en ce monde, j'espère, par les mérites du sang à jamais béni de notre Sauveur, que nous nous reverrons en l'autre. En attendant, au nom de Notre-Seigneur, je vous envoie mille et mille bénédictions, et je vous recommande notre saint Institut; montrez pour lui le zèle qu'il mérite; en agissant ainsi vous serez heureux, vous et tous ceux qui agiront de même. » Cette lettre, écrite le 5 juillet 1614, contribua beaucoup à accroître dans le cœur de ce Père la charité admirable qu'il avait déployée envers les malades; de telle sorte que, en 1626, quand une terrible épidémie s'abattit sur les galères d'Espagne dans le port de Gènes, il demanda à être à la tète des Religieux qui devaient secourir ces infortunés marins. Il s'y rendit, et travailla avec tant d'ardeur, qu'il ne prit nul soin de sa propre vie; il se montrait nuit et jour le modèle de ses compagnons, exhortant les malades à la pénitence, et à regarder le fléau comme un moyen de salut, les préparant à la confession et à la réception des autres sacrements, qu'il leur administrait lui-même avec la plus grande piété,
Comme notre saint Fondateur, il ne négligeait pas pour cela leur corps : pour les uns il préparait les médecines, pour les autres du bouillon et d'autres aliments; il aidait les uns et les autres à se placer aussi commodément que pouvait leur permettre leur étroite cabine. Il finit par être atteint de l'épidémie; on le ramena à Gènes où il mourut dans l'octave de l'Assomption, à l'âge de quarante-six ans, et alla, comme nous devons le croire pieusement, recevoir la récompense d'une vie entièrement consacrée au salut des pauvres.
Le Père Biaise de Opertis, qui succéda à saint Camille quand ce dernier résigna la place de Général, .quoique occupé du soin de l'Ordre tout entier, ne manqua jamais, aux heures fixées, d'assister les pauvres de l'hôpital de l'endroit où il se trouvait. Ses habits étaient toujours négligés et en mauvais état; le linge dont il usait était si rude et si grossier, qu'on aurait presque pu l'appeler un cilice. Il refusait de recevoir les habits plus fins que des dames riches et nobles lui offraient continuellement, se contentant de les prier de pourvoir la sacristie, l'autel, et les indigents qui en avaient le plus besoin. Son lit était dur et étroit, et il ne prenait jamais plus de trois heures de repos. Sa nourriture était habituellement quelques misérables restes laissés par les pauvres; et si on l'invitait à se nourrir de meilleurs aliments, il répondait qu'il n'était pas digne de ces tristes débris, qu'il regardait comme les restes du repas de notre Sauveur, dont il considérait l'image dans les pauvres. Il nettoyait et pansait
les plaies les plus dégoûtantes, et, quoiqu'il sentît ses forces décliner et ses infirmités s'accroître, il ne se relâchait en rien de ses travaux, tant qu'il pouvait se tenir debout. Il mourut le 17 juillet 1624, après avoir supporté avec une patience admirable les souffrances les plus cruelles, dans la soixante-quatrième année de son âge, parfaitement résigné, exhortant tous les assistants à aimer et à servir Dieu, et en embrassant amoureusement le crucifix.
Nous pourrions parler de plusieurs des compagnons du Saint, qui furent portés par son exemple et ses exhortations à exposer leurs vies au service des malades, tels que ces cinq Religieux, dont nous avons déjà fait mention, qui moururent à Noie de la peste en soignant les pestiférés, et de tant d'autres ouvriers infatigables qui partagèrent les travaux de saint Camille dans les hôpitaux et les lazarets de Noie, de Rome, de Gênes, de Milan, de Naples, et d'autres pays décimés par le fléau. Nous passerons outre, car on ne niera pas qu'à cette époque l'Ordre ne fût animé du véritable esprit de son Fondateur. Mais cet esprit s'est conservé jusqu'à nos jours, comme le prouve l'admirable conduite des hommes éminents sur lesquels nous donnons ici une courte notice.
Le Père Jean Goqokrel, d'Artois, était très versé dans la connaissance de plusieurs langues. Il convertit un grand nombre d'hérétiques, particulièrement en Hollande. Il fut Provincial de l'Ordre à Mantoue, où il prédit au duc Vincenzo l'approche
de la peste et plusieurs autres choses; durant la contagion, il montra beaucoup de calme et d'intrépidité, et par son exemple et ses discours il animait les autres à servir les malades. Il tomba enfin malade lui-même, et mourut victime de son dévouement, en 4630. Sa vie sainte et austère méritait une fin aussi glorieuse. On raconte de lui, qu'il vécut dans les hôpitaux, qu'il se donnait la discipline avec des chaînes de fer, qu'd ne buvait que de l'eau et dormait sur la terre nue.
Le Père Hilaire Cales, de Lorraine, donna l'exemple héroïque d'une invincible patience au milieu des insultes et des outrages qu'il endura avec un visage serein et un imperturbable sang-froid. Il avait égalementle don de prophétie et de miracles; il mourut à Gènes, en 1636. Nous lisons de ce serviteur de Dieu, que la foule qui accourut pour le voir après sa mort était si gnnde, qu'on fut contraint de retarder son inhumation pendant neuf jours, et que le sixième jour son bras ayant été percé d'un coup de lancette, il en coula du sang très limpide. Plusieurs lambeaux de ses vêtements, et d'autres objets qui avaient été à son usage, furent conservésparle peuple commedes reliques.
Le Père Joseph Romaguerra soupirait ardemment après le martyre : il obtint enfin la permission d'aller aux Indes, où il espérait atteindre le but de ses vœux les plus chers. Mais Dieu disposa autrement de sa vie, et lui demanda un autre sacrifice à peu près semblable. Tandis qu'il assistait