CHAPITRE Xil
Camille surmonte deux grands obstacles, et est ordonné prêtre.
Camille était donc préparé pour recevoir les ordres sacrés : il avait subi l'examen préalable à Home, et allait voir ses désirs accomplis, lorsqu'il survint deux grandes difficultés. La première fut
celle-ci : s'étant rendu un dimanche à Saint-Jean de Latran, pour recevoir la tonsure, les lettres dimissoriales furent trouvées défectueuses par le secrétaire, Jacques Buzio; il y manquait certaines clauses essentielles. Il retourna sans être tonsuré. Il éprouva un profond chagrin de se voir obligé d'aller en personne, ou d'envoyer quelqu'un dans son pays natal, pour aplanir cette difficulté. Il revenait pensif et mélancolique, mais à peine arrivé en face du Golisée, il fut consolé par le Sauveur si bon et si miséricordieux, qui a coutume d'essuyer les larmes de ses serviteurs avant même qu'elles coulent avec abondance. 11 fit naître dans son cœur une espérance si vive de surmonter bientôt cet obstacle, qu'il se vit contraint de dire au Père François Profeta qui l'accompagnait : « Toute la tristesse que m'a causée cet accident a disparu, car Notre- Seigneur, dans sa bonté, m'a fait la grâce de m'assurer qu'avant peu je serai sorti de cet embarras. » En effet, de retour à la maison, il avait à peine fléchi le genou devant l'autel surmonté du crucifix, qui se trouve au milieu de l'infirmerie, comme il avait coutume de faire, toutes les fois qu'il sortait, et qu'il venait de dehors, qu'il vit entrer dans la salle un homme de Chieti, qui était l'ami de sa famille. Celui-ci, venu à Rome pour affaires, visitait ce jour-là les antiquités de la ville sainte, et sans savoir que Camille se trouvait là, il entra par hasard ou, pour mieux dire, envoyé de Dieu, pour voir l'hôpital. Camille reconnut qu'il était de son pays, et, tout surpris de cette rencontre, il commença à lui parler, et quoiqu'il y eût longtemps qu'ils ne
se fussent vus, ils n'eurent pas de peine à se reconnaître. Il lui rendit compte du défaut de formalités dans les pièces nécessaires pour son ordination. Celui-ci répondit que non seulement il pouvait attesterlui-même ce qui n'était pas mentionné dans le certificat et le rendait nul, mais qu'il ferait venir un prêtre qui se trouvait à Rome, qui ferait les mêmes dépositions. Camille fut au comble de la joie : ils allèrent trouver ce prêtre, et ils se transportèrent tous les trois auprès du secrétaire, qui suppléa à ce qui manquait aux dimissoires.
C'est pourquoi, le 2 février, jour de la Purification de la sainte Vierge, jour mémorable pour lui, il reçut la tonsure, et les ordres mineurs, les dimanches suivants, jusqu'à la fête de saint Matthias, apôtre, dans la sacristie de Saint-Sylvestre de Monte-Cavallo.
Comme il se disposait à recevoir les ordres sacrés, il se trouva tout à coup arrêté par une difficulté plus grande que la première : il n'avait point de patrimoine, ou bénéfice à titre, pour être ordonné. Quoique son père, Jean de Lellis, eût acquis quelques biens pendant la guerre, ilneluilaissa, en mourant, pour tout héritage qu'une épée et un poignard. Mais le véritable patrimoine de Camille se trouvait placé dans les trésors de la Providence divinequi,danstoutessestraversesetsesépreuves, vint à son secours avec une libéralité sans exemple. Ne sachantque faire, après avoir passé plusieurs mois à tenter divers moyens, il fut tiré d'embarras par la bonté miséricordieuse du Sauveur, sans qu'il y contribuât lui-même le moins du monde.