‹ Vie de S. Camille de LellisChapitre 36 sur 237 · LIVRE PREMIER · texte numérisé non relu

LIVRE PREMIER

publiquement de vifs reproches, comme s'il avait commis un grand crime contre sa personne. Il le munaça d'un ton sévère de faire de l'éclat, s'il allait encore inquiéter les autres employés de la maison. Peu content de cela, il alla manifester son mécontentement à saint Philippe de Néri, son confesseur, lui disant que Camille non seulement avait discrédité l'hôpital, mais enlevé ses meilleurs serviteurs, et qu'il en avait mal agi envers une maison qui lui avait sauvé la vie; et cela parce qu'il s'était mis dans la tête, — sans qu'on pût l'en dissuader, — d'établir une certaine congrégation, ou compagnie ridicule, comme il avait coutume de l'appeler. Il le pria de l'engager à revenir à de meilleurs sentiments, et à retourner à l'hôpital, car, privé de lui et de ses compagnons, cet établissement perdrait beaucoup. Quoique saint Philippe eût toujours approuvé ce qu'avait fait Camille quand celui-ci était à l'hôpital, voyant qu'il l'avait quitté, sans qu'il en eût rien su, et au grand déplaisir des administrateurs, il essaya, par tous les moyens, de lui faire reprendre ses anciennes occupations ; mais, voyant qu'il n'obtenait rien, il lui infligea une punition qu'il savait lui être très sensible. Il n'ignorait pas combien notre saint l'aimait et était heureux de se confesser à lui ; il le mortifia sous ce rapport, en le renvoyant au Père Antoine Talpa, qu'il lui donna pour directeur. Ce fut là sa seconde tribulation. Camille obéit, mais il pria saint Philippe de ne pas être surpris de ce qu'il avait fait, parce qu'il se sentait, dans son intérieur, puissamment entraîné

vers autre chose que son utilité personnelle.

Cette tempête étant apaisée, Notre-Seigneur voulut mettre à une plus grande épreuve la persévérance de ses serviteurs en leur envoyant une troisième tribulation : ce fut une maladie dangereuse qui attaqua en même temps Camille et Curzio. Elle fat occasionnée par l'excès du travail, la mauvaise nourriture, la privation du sommeil et l'austérité de leur genre de vie. Leurs lils étaient des nattes où ils reposaient, ou plutôt brisaient leurs membres fatigués par de longues veilles et le service des malades. Ils avaient, pour s'abriter, deux petites couvertures de laine que leur avait achetées leur protecteur Fermo Calvi. Joignez à cela la triste position de l'église, qui se trouvait sur les bords du Tibre, où se lèvent ordinairement des brouillards froids et insalubres.

Tant de contradictions ne purent abattre le courage de l'intrépide Camille. Inébranlable, comme un rocher au milieu des flots de la mer, il supportait avec une admirable patience la gravité de sa maladie, exhortant Curzio à la même constance, il lui disait que Notre-Seigneur leur avait envoyé ces infirmités pour les rendre parfaits dans l'art de souffrir, et leur apprendre à avoir compassion de leurs frères malades et à s'acquitter à le'ir égard des devoirs commandés par la charité, dont ils avaient besoin eux-mêmes.

Le mal continuait, empirait même de jour en jour; et, voyant qu'il ne pouvait attendre aucune amélioration dans sa santé, dans une maison si

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