CHAPITRE XV
Camille quitte l'église de la Madonnina. Il commence à réunir des sujets. La Providence vient à son secours.
La MaVaria — mauvais air — occasionnée par les exhalaisons du Tibre, avait porté un notable
préjudice à leur santé, ils ne pouvaient recouvrer leurs forces au gré de leurs désirs. C'est pourquoi Camille résolut de quitter la petite église de la Madonnina, et de s'établir dans un lieu plus salubre.
11 trouva une maison qui lui convenait parfaitement, dans la rue appelée des Boutiques obscures, tout près de la maison professe de la Compagnie de Jésus. Le seul obstacle qui l'empêchait d'en prendre possession était le manque d'argent : il fallait payer d'avance pour la moitié de l'année, la rente entière était de cinquante écus. Néanmoins, plein de confiance en Dieu dont il avait toujours vu s'accomplir l'ancienne promesse, il fut tiré de cet embarras par la libéralité de Pompée Baratelli, Lombard, son ami, auquel il fit part de son inquiétude. Celui-ci, édifié de sa ferveur et désirant voir s'établir à Rome une congrégation qui serait si utile pour les infirmes, tout joyeux tira à l'instant de sa bourse trente écus, qu'il lui donna, somme plus que suffisante pour le premier payement. La maison fat donc louée, et ils en prirent possession au mois de janvier 1585; ils n'étaient pas plus de trois, Camille, Bernardin et Curzio, car ils n'admirent dans leur société à la Madonnina aucun autre compagnon, si l'on excepte un certain Palamède qui, voyant qu'on menait un genre de vie si austère, rentra dans le siècle.
Quoique logés dans cette maison, ils ne cessaient pas pour cela de fréquenter les hôpitaux, soir et matin, avec une admirable persévérance,