‹ Vie de S. Camille de LellisChapitre 39 sur 237 · LIVRE PREMIER · texte numérisé non relu

LIVRE PREMIER

sans interrompre un instant leurs exercices spirituels de mortification et d'oraison. Ils embrassaient ainsi les deux vies, l'active et la contemplative, imitant dans sa vie si pureNotre-Seigneur Jésus Christ, qui prêchait pendant le jour, consolait et guérissait les malades, et passait la nuit en prières. Le bruit de leurs vertus héroïques se répandit dans Rome, et porta beaucoup de prêtres et de laïques de toute qualité à les imiter et à se joindre à eux : comme l'institut était d'une grande austérité et qu'il répugnait aux sens, plusieurs en mouraient, ou en sortaient volontairement. Il n'en resta qu'un très petit nombre qui étaient robustes, animés d'un excellent esprit, ennemis de la sensualité, et désireux de mourir au milieu des dégoûts et des épreuves, si pénibles à la nature, que Ton trouve dans les hôpitaux et dans tout aulre lieu infecté. Il y en avait de toutes les nations, parlant diverses langues, des hommes instruits et des ignorants. Camille les admettait tous volontiers, n'exigeant aucune condition pour les recevoir, voulant qu'ils fussent éprouvés et purifiés, pour ainsi dire, par l'institut même. En effet, il ne fallait alors à la congrégation que des hommes zélés et courageux, qui courussent résolument au devant des coups de la mort, et qui fussent capables de triompher des obstacles presque invincibles que l'on rencontrait, à tout moment, dans ces asiles de la misère.

Ils étaient tous largement secourus par les aumônes abondantes du pieux Pompée, qui les aimait si tendrement, que non content de leur

payer la rente de la maison , il avait donné l'ordre à son boulanger de leur fournir tout le pain qu'ils lui demanderaient, il allait ordinairement les visiter, leur faisant présent quelquefois de vingt, quelquefois de trente écus, pour subvenir à leurs besoins. Enfin il semblait que Dieu eût fait naître à dessein cet homme si excellent, pour être leur appui et leur soutien dans ces commencements si difficiles. Sa charité s'était élevée à un si haut degré de perfection, qu'il dit plusieurs fois à Bernardin que, quand il n'aurait plus les moyens de les aider, il prendrait du service comme domestique, ou irait couper du bois sur les montagnes, pour les secourir de son salaire et au prix de ses sueurs. Tout riche qu'il était, il voulait devenir indigent, et s'approprier, au prix de son or et de ces labeurs, les labeurs et les mérites de ces intrépides serviteurs de Jésus-Christ.

Pompée leur manqua, mais non la Providence, qui les couvrait de l'ombre de ses ailes et leur envoya un autre bienfaiteur. Maurice, massier (1) du Souverain Pontife, étant tombé malade, obtint de Camille, par l'intermédiaire de Bernardin avec le quel il était lié d'une étroite amitié, qu'on le portât dans cette maison pour s'y faire soigner et guérir. La charité avec laquelle il fut traité par les Pères

(1) Les massiers sont au nombre de douze : toutes les fois que le pape paraît avec la chape et la tiare, ils assistent à la cérémonie avec un habit difîérent de celui des autres. Ce sont eus qui sont chargés de garder la porte de la salle où se tieut le consistoire.

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