‹ Vie de S. Camille de LellisChapitre 46 sur 237 · LIVRE PREMIER · texte numérisé non relu

LIVRE PREMIER

fête, il réunissait les enfants de la classe pauvre de la Ripetta, et, montant sur un banc au milieu delà place, il leur enseignait à prier Dieu.

Quand la congrégation se réunissait encore, comme nous l'avons dit, dans la rue des Boutiques obscures, avant que le Père Camille pensât à la transférer à l'église de la Madeleine, toutes les fois que Bernardin passait devant cet édifice, il disait à son compagnon : « Frère, cette église sera nôtre. » Il regardait la chose comme tellement sûre que, trouvant un jour la porte fermée, il dit à son compagnon : « Frère, mettons-nous à genoux et disons un Pater et un Ave à cette glorieuse sainte, car une voix intérieure me dit : Cette église nous appartiendra; » comme cela arriva, ce que nous verrons dans la suite.

Étant encore jeune et désirant quitter Matrice, son pays natal pour se rendre à Rome, il ne savait s'il ferait bien de partir. Sur ces entrefaites il lui sembla entendre une voix qui lui dit : t Sors de ta patrie, et marche, car tu trouveras un écu sur ta route. » Il n'avait pas fait trente pas qu'il trouva cette pièce d'argent, et par ce moyen il arriva à Rome.

Le Père Marcel Pallavicino, de la Compagnie de Jésus, ami intime de notre saint fondateur et de Bernardin, affirme que, lorsque le Père Rodolphe Aquaviva s'efforçait d'obtenir la permission de passer aux Indes orientales, ayant perdu tout espoir de voir ses désirs satisfaits, et s'etant, dans cette circonstance, recommandé aux prières de Bernardin, celui-ci lui dit qu'il n'eût plus aucun

doute, qu'il obtiendrait ce même jour la permis^ sion demandée: ce qui arriva, et, envoyé par ses supérieurs dans cette mission lointaine, il eut le bonheur de remporter la palme du martyre, aux îles de Salsetta.

Enfin, compagnon fidèle de Camille, il prit part à tous les travaux et à toutes les fatigues qu'ils essuyèrent dans ces commencements qui furent si laborieux, jusqu'à ce que cette plante eût jeté de profondes racines. Il désirait vivement voir la congrégation confirmée par le Saint-Siège; mais ce n'est que par ses prières dans le ciel qu'il put contribuer à faire obtenir cette faveur impatiemment attendue. Agé environ de soixante ans, le 16 août 1585, il rendit son âme à Dieu entre les mains de Camille qui, se voyant privé d'un compagnon si cher, le pleura amèrement. La congrégation, à cette époque, n'avait point d'église quilui appartint; c'est pourquoi, par l'intermédiaire du Père Octavien, son confesseur, il fut inhumé dans l'église des Jésuites, dans la chapelle des Anges, tombeau des religieux de cette vaste maison. Camille avait une si haute idée de sa bonté et de sa vertu, qu'il avait coutume de dire qu'il croyait, d'une manière certaine, que l'âme de Bernardin n'avait pas eu besoin d'être purifiée par les flammes du purgatoire, et qu'elle avait pris directement son essor vers le ciel. Ce Frère fut le premier qui entra dans la congrégation, et le premier qui y mourut. Prémices fortunées! Fruit plein de maturité et de saveur! Heureux pronostic d'une abondante moisson !

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