‹ Vie de S. Camille de LellisChapitre 56 sur 237 · LIVRE PREMIER · texte numérisé non relu

LIVRE PREMIER

on vit Camille et les siens tout braver, on marcha sur leurs traces. Il s'opéra un très grand changement, car il semblait que Camille eût fait passer dans le cœur de tous le feu de la charité dont il était embrasé. Dès lors cet hôpital fut fréquenté parles habitants les plus honorables du royaume, qui se divisèrent en plusieurs congrégations, correspondant à chaque jour delà semaine. Les seigneurs et les nobles ne dédaignaient pas, à l'exemple du grand roi de France saint Louis, de servir les pauvres malades, de leur donner à manger, de leur laver les mains, de leur rafraîchir la langue, de faire leurs lits, de panser leurs plaies, et enfin de s'abaisser à l'humble ministère du vieux Tobie, d'aider à ensevelir les morts. On en vit même, des personnes du premier rang, donner à manger à des malades si couverts d'ulcères et si dégoûtants, qu'il était surprenant que des hommes, élevés avec tant de délicatesse, pussent avoir le courage, je ne dis pas de les toucher, mais même de s'approcher d'eux : action héroïque, digne des plus grandes louanges, et que devrait imiter en tous lieux la noblesse chrétienne !

Le dévouement des femmes ne le cédait en rien à celui des hommes. On vit des dames de la plus haute naissance qui, avec une tendresse de mère, s'abaissaient aux emploishumiliants en usage dans les hôpitaux, et servaient les pauvres avectant d'attention et de prévenance qu'on les aurait dites les esclaves de ces malheureux. Elles faisaient revivre les exemples des saintes Pauleet Eustochie, dont ja charité a été célébrée par saint Jérôme. Émules

de ces illustres Romaines, des dame?, de L'élite de la noblesse de Naples, animées de cet esprit de foi qui enfante des prodiges, oubliant la délicatesse de leur sexe et de leur éducation, l'élévation de leur rang et de leur fortune, se dévouaient au soulagement de toutes les misères humaines. Celle à qui revient le principal honneur de touies ces œuvres de bienfaisance est la comtesse de Miranda, vice-reine, qui marcha des premières sur les traces de l'intrépide et charitable Camille.

Non contentes de payer de leurs personnes, ces femmes héroïques fournirent aussi tout ce qui est indispensable à un hôpital, des rideaux, des chemises, des draps de lits, des couvertures, toutes sortes de linge, et enfin tout ce que réclame le soin des malades. Elles fondèrent des rentes perpétuelles pour subvenir àl'entretien des personnes des deux sexes.

Nous ne devons pas passer sous silence que les bourgeois et les nobles, chaque jour, à tour de rôle, portaient aux infirmes, avec une attention paternelle, les mets les plus recherchés de leurs tables.

Nous aurions un vaste champ ouvert devant nous, si nous voulions parler du zèle et du courage que déployèrent les enfants de Camille, dans ces premières nnnées, pour secourir tant de malheureux, atteints de maladies cruelles dont plusieurs étaient contagieuses ; mais une seule action suffira pour prouver leur sublime dévouement.

Il arriva à Naples un grand nombre de galères d'Espagne, chargées d'infanterie espagnole telle-

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