‹ Vie de S. Camille de LellisChapitre 57 sur 237 · LIVRE PREMIER · texte numérisé non relu

LIVRE PREMIER

ment infectée de la peste, que la ville, redoutant quelque épidémie, ne voulut point les admettre à la libre pratique, mais ordonna qu'elles purgeassent leur quarantaine à Pouzzoles, port de Baie, selon l'usage dans des cas semblables. Là, les soldats mouraient sans aucun genre de secours, ni pour le corps, ni pour rame. A cette époque était vice-roi don Jean, comte de Miranda, non moins distingué par la noblesse du rang que par ses talents administratifs. Connaissant la piété et le zèle des Pères de la Congrégation, il les pria de vouloir bien se consacrer au soulagement de tant de misère et d'infortune. Ils acquiescèrent à sa demande, envoyèrent cinq Religieux d'une charité à toute épreuve, et, quelques-uns d'entre eux étant tombés malades, on en envoya d'autres qui les re mplacèrent. Arrivés à Pouzzoles, ils se rendirent à l'hôpital drtV Amiunziata, où se trouvaient le plus grand nombre de malades, et ils commencèrent à leur prodiguer ces soins que la piété chrétienne peut seule inspirer.

Quand on emportait les malades des galères à l'hôpital, l'un des Frères les recevait avec la bonté la plus tendre, leur coupait les cheveux, leur rognait les ongles, s'il était nécessaire; ces malheureux étaient presque tous pleins d'immondices; un autre les dépouillait de leurs habits, ou, pour mieux dire, leur enlevait pièce à pièce des lambeaux de vêtement dégoûtants et pourris, d'où s'exhalait une infection pire que celle des tombeaux; un autre ramollissait et rafraîchissait leurs corps nus eu les plongeant dans un bain;

enfin d'autres les lavaient avec de chaudes infusions de plantes aromatiques, les essuyaient et les plaçaient dans un lit. Ces soldats étaient si affaiblis et si affamés, que plusieurs d'entre eux mouraient le morceau dans la bouche.

Nul remède ne les soulageait, car ils étaient tellement épuisés par les souffrances du voyage, que les médicaments, bien loin de guérir leur maladie, ne faisaient que hâter leur dernière heure. Les Frères, dans ces douloureuses circonstances, véritablement ministres des infirmes, après les fatigues continuelles de la journée, veillaient la nuit entière auprès d'eux, secourant non seulement ceux qui se mouraient, pour les disposer à une mort chrétienne, mais protégeant encore les morts contre la voracité des loups et des autres animaux. Ils redoublèrent de soin et de vigilance, afin qu'aucun d'eux ne mourût sans sacrement et sansle secours de pieuses exhortations.

Après s'être livrés à des travaux si pénibles dans l'hôpital delVAnnunziata, au lieu de se reposer et de réparer leurs forces, ils allaient exercer leur chnrité au petit hôpital de Saint-Jacque*, qu'on avait établi dans un vieux palais contigu au Golisée. Là, leur cœur était navré à la vue des misères incroyables auxquelles ces malheureux étaient en proie ; 1-s hommes et les femmes étaient pêle-mêle étendus sur le sol. Enfin, après que la plupart des soldats eurent succombé, les Pères, brisés par d'immenses fatigues, respirant sans cesse un air vicié et corrompu, tombèrent eux-mêmes malades . On les transporta à Naples ; trois d'entre eux

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