‹ Vie de S. Camille de LellisChapitre 58 sur 237 · LIVRE PREMIER · texte numérisé non relu

LIVRE PREMIER

furent jugés dignes de mourir martyrs de la charité : Jean-Bapliste Butrico, Napolitain, Séraphin Galizano, de Lucques, et Ange, de la Marche.

Lorsque Ton écrivit à Camille, à Rome, la mort de ces hommes si exemplaires, il offrit leurs âmes à Dieu comme les prémices du grand nombre des siens, qui devaient plus tard faire le sacrifice de leur vie par ce nouveau genre de mort, pour le salut du prochain. Leur charité était si ardente, que Jean-Baptiste Butrico, ayant la tête prise dans le délire, ne cessait de parler en langage moitié espagnol et moitié italien, des malades et des soins à donner aux soldats mourants : c'est dans ce saint égarement d'esprit qu'il rendit sa belle âme à Dieu; Séraphin dans son délire, occasionné par les fièvres pestilentielles, s'écriait : « Vole, vole au secoursde ce pauvre, prends garde qu'il ne tombe ; » et Ange, si digne de ce beau nom par la pureté de ses mœurs, montrait une patience et une charité vraiment admirables.

Dans ces commencements, la Congrégation donna de si beaux exemples de dévouement dans la ville de Naples, que Koberla Caraffa, duchesse de Matalani, Constance de Carreta, Julie de Castelli, dames d une rare piété, firent présent à la Congrégation de quinze mille écus, pour le premier achat de la maison, où elle réside actuellement sous le vocable de Sainte-Marie de Porta Cœli.

Mais Julie de Castelli, dame de la première noblesse, les surpassa toutes en libéralité : veuve riche, elle sut faire un noble usage de ses revenus.

Elle avait une si grande admiration pour les vertus héroïques de cet Ordre, et elle le favorisait avec tant de générosité, que sa rente de mille ducats — elle ne se réservait que ce qui était nécessaire pour son genre de vie très modeste — était presque employée tout entière à l'entretien des Religieux. Dans l'espace de vingt-huit ans qu'elle persévéra à leur faire du bien, elle fit présent aux maisons de Naples, où Camille a pu voir quatrevingts novices et autant de profès, de cent mille ducats, sans compter d'autres dons considérables qu'elle fit à la maison de Rome; il n'y eut point de fondation à laquelle elle ne prît part.

Elle n'était pas moins généreuse envers les autres Ordres et les pauvres, auxquels elle faisait d'abondantes et continuelles aumônes. Elle fonda et dota le noviciat de Naples, où repose son corps vénérable. Elle mena une vie exemplaire, et mourut, après avoir reçu les derniers sacrements, dans une maison de campagne, qui fut pour elle un véritable monastère, en 1618.

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