‹ Vie de S. Camille de LellisChapitre 59 sur 237 · LIVRE PREMIER · texte numérisé non relu

LIVRE PREMIER

traînés par le bon exemple qu'ils avaient devant les yeux. La seconde fois que Camille y retourna, dans une seule matinée, il en reçut douze, du nombre desquels était Sanzio Gicatelli, le premier biographe de notre saint. Il les amena à Rome, où il leur donna l'habit, le 3 mars de l'an 1589. Parmi eux se trouvait un charmant jeune homme de dix-huit ans appelé François, auquel il arriva quelque chose d'extraordinaire, digne d'être connu, pour servir de leçon à ceux qui abandonnent l'habit religieux, et aux pères qui les y poussent inconsidérément. Il fut donc reçu à Naples, et prit l'habit à Rome, comme nous l'avons dit, mais tellement contre le gré de son père, que celuici faillit en mourir de chagrin. Dominé par l'attachement qu'il avait pour lui, la première fois que le novice quitta Naples avec Camille, il les suivit jusqu'à Cnscano; mais, n'ayant rien pu obtenir, il alla jusqu'à Rome pour exécuter son projet insensé. Il lui parla plusieurs fois secrètement, et sut si bien le circonvenir, qu'il vainquit enfin sa résistance et le fit retourner dans le monde. Il lui promit entre aut res choses que, de retour à Naples, il le marierait avec une jeune personne d'une grande beauté, dont il savait que le jeune homme avait été follement amoureux, ce qui décida ce dernier à céder à de si vives instances. Séduit par cette promesse, il alla demander ses habits laïques à Camille. Notre saint, surpris de tant de légèreté, fit tous ses efforts pour l'en détourner, et lui dit: « Mon frère, les vaines promesses de votre père sont des pièges du démon auxquels se sont laissés

prendre beaucoup d'imprudents, et qui ont été la cause de leur perte. » Ces remontrances étaient impuissantes à lui faire abandonner sa résolution. Camil'e le congédia; mais, avant de lui rendre ses habits, il voulut du moins l'épouvanter par des menaces. Ayant considéré un instant son visage, comme s'il eût lu sur son front ce qui lui devait arriver, il lui adressa, en présence de plusieurs Pères, les paroles suivantes : « Maintenant, Frère François, puisque vous êtes décidé à rentrer dans le siècle, faisant peu de cas de la grande faveur que Dieu vous a faite de vous en retirer, je vous annonce que, retourné dans le monde, vous ferez une fin malheureuse; vous mourrez de la main du bourreau, après avoir souffert les torîures de la prison pour un très grand crime, et vous vous rappellerez le jour où je vous adresse ces paroles. » Ensuite il lui donna congé. 11 dit aussi au père, qui était présent, qu'il recevrait peu de satisfaction de son fils, qu'il dépenserait tous ses biens pour lui venir en aide, jusqu'à tomber dans la misère, mais inutilement.

Ceci se passait le vendredi-saint, le dernier jour de mars de l'an 1589. Chose vraiment étonnante! François, de retour à Naples, reçut le grade de docteur, et, au grand contentement de son père, épousa la demoiselle promise, avec laquelle il vécut quelque temps en bonne intelligence. Dans la suite, il se dégoûta d'elle, conçut sur sa conduite d'injustes soupçons, et, pour se débarrasser de la pensée importune qui le tourmentait, il la fit périr, tandis qu'elle était enceinte, tua égale-

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