‹ Vie de S. Camille de LellisChapitre 69 sur 237 · LIVRE PREMIER · texte numérisé non relu

LIVRE PREMIER

plusieurs centaines (Técus. Il fil faire beaucoup de pourpoints, de chemises, de caleçons et de bas, les distribua aux plus nécessiteux, en habillant et en chaussnnt un grand nombre de sa propre main. Il arriva souvent que ces pauvres, habillés de neuf et d'une manière convenable, vendaient ou jouaient leurs vêtements; et si par hasard ils rencontraient Camille, ils prenaient la fuite pour qu'il ne les vît point dépouillés et nus. Mais lui, animé pour eux d'une véritable tendresse de père, sans être rebuté par leur ingratitude et le mauvais usage qu'ils faisaient de ses services, malgré la douleur très vive qu'il éprouvait à un de ses pieds malade, les suivait jusqu'à ce qu'il les eût atteints, les entraînait à la maison, où il les habillait de nouveau, sans se fâcher contre eux ni leur adresser des reproches. Il blâmait ceux qui, le voyant courir avec tant d'empressement après ces inconnus, lui disaient : « Laissez-les s'en aller, puisqu'ils sont si mauvais sujets, qu'ils jouent les habits que vous leur donnez. » Il éprouvait un grand déplaisir en entendant ces paroles, qui lui transperçaient le cœur comme un glaive, ne pouvant supporter qu'on fit ainsi injure à son divin Maître, qu'il considérait dans la personne des pauvres, sans que cette pensée s'affaiblît dans son esprit par le peu de ressemblance de ces malheureux avec Nôtre-Seigneur. Il répondit un jour à un de ses compagnons : « Peut-être, mon Frère, dans ces misérables vous n'apercevez autre chose que les vils lambeaux qui les couvrent et vous ne voyez pas que sous ces haillons est cachée laper-

sonne de Jésus-Christ lui-même, comme nous l'apprend l'Évangile? »

Il lui arriva quelquefois pendant cette année désastreuse que, trouvant sur ses pas quelqu'un de ces pauvres presque nus, grelottant de froid, il se sentait tellement ému de compassion, qu'il se dépouillait de son manteau, en couvrait cet infortuné, et le conduisait, en pourpoint, à travers les rues de Rome, à l'hôpital, ou à sa maison où il avait fait préparer une infirmerie. Si le pauvre, à cause de sa grande faiblesse ne pouvait marcher, il le portait ; et, s'il en rencontrait un autre dans le même état, il priait son compagnon de l'imiter ; et il s'avançait ainsi plein de joie et triomphant, comme s'il eût porté Jésus-Christ dans ses bras. Quelquefois, quand il pleuvait, et qu'il en rencontrait deux, il les plaçait à ses côtés, et les recouvrait de son manteau, comme la poule couvre ses poussins de ses ailes; et il ordonnait à ses compagnons de faire comme lui, quand ils trouvaient beaucoup de pauvres. On lui dit un jour qu'un malheureux était tombé dans un égout; à l'instant, quoiqu'il fût lui-même couvert de boue à cause de la longue marche qu'il avait faite par un temps affreux, il courut l'en tirer, le conduisit à l'hôpital, et, après l'avoir lavé et nettoyé, il le plaça dans un bon lit, et les soins qu'il lui prodigua sauvèrent la vie à cet infortuné.

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