LIVRE PREMIER
des jours sereins et tranquilles, et la joie la plus douce et la plus pure remplaça les soupirs, les sanglots et les larmes. Les travaux et les sueurs de Camille et de ses compagnons avaient reçu de Dieu et de ses ministres leur juste récompense; aussi l'on crut que le moment était favorable pour reprendrelesnégociations déjà entamées touchant l'affaire delà profession. On l'avait recommandée à Dieu avec ferveur dans toute la Congrégation, par des prières continuelles et divers exercices de mortification, et Rome avait reconnu la nécessité de cet Ordre. Dieu permit qu'elle ne rencontrât aucune opposition, car ayant été proposée parle cardinal Mondovi au pape Grégoire XIV, Sa Sainteté approuva et confirma, de son propre mouvement et avec la plus grande joie, la Congrégation, en l'érigeant en Institut libre et indépendant de tout autre; Elle accorda à Camille et aux siens la faculté de pouvoir faire les quatre vœux solennels de pauvreté, de chasteté, d'obéissance et de dévouement au service des malades, même en temps de peste, après avoir enrichi l'Institut île beaucoup de privilèges, grâces, faveurs, immunités, indulgences et autres prérogatives accordées à tous les Ordres Mendiants, Monastiques, de Clercs et Chanoines Réguliers, qu'il serait trop long de rapporter ici. On peut les lire dans la bulle elle-même, datée du 21 seplembre 1591, la première et la dernière année de son pontificat. La divine Povidence se manifesta d'une manière sensible dans celte circonstance. Un Père de l'établissement avait ete chargé de
hâter l'expédition de la Bulle, et il ne restait plus d'autre formalité à remplir que la signature du Souverain Pontife à la supplique. Camille, trouvant que l'affaire traînait un peu en longueur, et prévoyant ce qui pouvait arriver, prit la supplique, la porta lui-même auDataire. insistant très vivement sur l'expédition, sans s'inquiéter d'être regardé comme un homme ennuyeux et importun. Grâce à cette diligence, le Pontife signa la supplique la veille du jour où il fut atteint de la maladie dont il mourut, c'est-à-dire le lo octobre 1591. De sorte que, si Camille avait différé un seul jour de presser l'expédition, il était bien à craindre que la Congrégation n'eût attendu plusieurs années avant de pouvoir obtenir la profession solennelle. En effet, le 29 du même mois d'octobre, Grégoire XIV fut remplacé par Innocent IX, qui se montra peu porté à confirmer de nouveaux Ordres ; et Clément VIII, successeur immédiat de ce dernier, l'était encore moins, car dans son zèle pour une réforme salutaire, il manifesta le désir de supprimer quelques-uns des anciens Instituts.
La Bulle étant expédiée, Camille résolut, pour donner un établissement solide à la Congrégation, de faire le plus promptement possible la profession solennelle. Il parait que, dans cette circonstance, la très sainte Vierge Marie voulut montrer au monde que la Congrégation était l'œuvre de sa glorieuse intercession. Camille désirait vivement faire profession le jour de la fête de l'archange saint Michel, pour lequel il avait une dévotion particulière ; mais, quelque diligence qu'il