LIVRE SECOVD i
meurent sans sacrements, à cause de certains accidents imprévus que l'on voit tous les jours au milieu d'une foule si considérable, que devait-ce être, lorsque dans ces asiles de la misère le soin des âmes était confié à des hommes sans charité et sans zèle, mercenaires, qui n'étaient mus que par l'intérêt? Bien souvent les pauvres étaient, durant deux ou trois jours, en proie aux terribles angoisses de l'agonie, sans que personne s'approchât de leur couche de douleurs et leur adressât un seul mot de consolation.
J'aurais beaucoup à dire, si j'avais à parler de la négligence que l'on remarquait dans l'administration des sacrements et du peu de respect avec lequel ils étaient reçus. Le corps si saint, si vénérable de Notre-Seigneur Jésus-Christ, était porté dans les hôpitaux presque sans appareil. 11 était généralement admis que, lorsqu'on recevait des malades, tantôt transis de froid, tantôt tourmentés par de violents accès de fièvre, on les obligeait à se confesser tout de suite, sans préparation aucune. Pris ainsi au dépourvu, ils s'approchaient du tribunal de la pénitence par pure cérémonie, ne déclaraient pas la moitié de leurs péchés, et mouraient dans ce triste état. Cet usage était général et rendu indispensable par les règlements de tous les hospices, et les infirmiers ne pouvaient les déposer dans les lits, sans qu'ils fussent préalablement confessés, ce qu'ils faisaient, comme nous l'avons déjà dit, par manière d'acquit, et pour jouir de ce repos qu'ils désiraient si ardemment. Ils étaient ensuiie oubliés, et terminaient dans ces
mauvaises dispositions leur malheureuse existence.
Souvent, quand ils recevaient le lendemain la communion, ils avaient la bouche tellement desséchée par la chaleur dévorante de la fièvre, que la sainte hostie s'attachait à leur palais; et, ne pouvant l'avaler, ils la détachaient avec leurs mains qu'ils essuyaient ensuite à leurs draps ou à leurs couvertures, où restait empreinte une partie des espèces eucharistiques. 0 Dieu! combien de fois, parce qu'aucune personne de piété n'assistait les malades, quand on leur donnait la communion, des hommes grossiers et sans instruction crachaient par terre oucontreles murailles les saintes espèces! Tandis que Camille aidait à administrer le sacrement de l'Eucharistie dans un hôpital, il arriva qu'un malade, surpris par un violent accès de toux, rejeta tout à coup la sainte hostie. Camille, qui se trouvait au chevet du lit, s'empressa aussitôt de placer la main devant sa bouche, y reçut le pain céleste, l'emporta et le déposa dans un endroit convenable. Un très grand nombre mouraient sans recevoir l'Extrême-Onction, et se trouvaient ainsi privés de ce secours si puissant et si salutaire.
Onne rencontrait pas de moindres inconvénients pour ce qui regardait la santé du corps. Qui pourrait dire de combien d'incommodités et de tourments ont été délivrés les malades par les soins et les secours continuels qu'ils ont reçus de ces Pères dans les hôpitaux, dont ils ont fait leur demeure? Combien de fois n'ont-ils pas passé des