LIVRE SECOND
prières, lui couvrit le visage et se retira. Quelques heures après, les servants vinrent avec des torches et des flambeaux pourl'enterrer. Enlui découvrant le visage, ils s'aperçurent qu'il était vivant; et mémo il parla. L'infortuné fut saisi d'une telle épouvante, en voyant autour de lui les flambeaux, la croix et tout l'appareil funèbre, qu'il tomba en syncope, et mourut de frayeur, après avoir vécu encore cinq jours, pendant lesquels il ne voulut ni boire ni manger.
Dans un autre hôpital de Rome, il arriva un autre cas analogue. Un malade, ayant éprouvé un accident qui le priva de l'usage de ses sens, fut regardé comme mort et emporté dans la salle des défunts. Il resta là, quatre heures, étendu par terre; il finit par revenir de sa léthargie, et, se voyant au milieu de huit morts, il faillit mourir de la grande frayeur qu'il éprouva. Il prit courage, se leva sur son séant, comme il put, et retourna à l'hôpital dans l'étrange costume qu'il avait. Il y causa une terrible épouvante à tous ceux qui le virent, et qui savaient qu'on l'avait porté dans la salle mortuaire pour être déposé dans le caveau funèbre. Il vécut encore plusieurs années.
Parlons des inconvénients et des abus d'un autre genre. Que d'infidèles de toutes les nations mouraient dans les hôpitaux, comme les êtres privés de la raison, sans avoir auprès d'eux quelqu'un pour leur adresser quelques paroles de consolation, pour leur parler du baptême, de la foi en Jésus-Christ, et prendre soin de leur conversion? Mais depuis que Notre-Seigneur a en-
richi l'Église de l'Institut des Clercs Réguliers, Ministres des infirmes, qui ne quittent jamais les hôpitaux, tout le monde sait combien ont abjuré leurs erreurs et embrassé le catholicisme. « Oui, leur nombre est très grand, avait coutume de dire le saint Père Camille : mes Pères et mes Frères, oui, ces salles d'hôpitaux fournissent à notre zèle pour le salut des âmes un champ plus productif que les Indes et le Japon. > On ne peut s'imagmur quels merveilleux effets produisaient, au moment de la mort, toutes ces pieuses exhortations et tous ces sages avis ; qu'il nous suffise de citer à l'appui les deux exemples suivants.
Dans l'hôpital delC Annunziata de Naples, un Père de l'Ordre avait travaillé inutilement plusieurs jours à convertir un Turc; celui-ci disait qu'il était né musulman et qu'il mourrait musulman. Il était presque à l'agonie, néanmoins le Religieux ne cessait de 1'exuorter. Quand il s'y attendait le moins, le Père des lumières toucha le cœur de l'infidèle; celui-ci demanda le baptême, que lui conféra le Religieux, et son front était encore humide de l'onde sainte , quand il invoqua les noms sacrés de Jésus et de Marie, dont il ne voulait pas auparavant entendre parler. Il mourut en chrétien, après avoir reçu le nom de Jean. Ceci arriva le 24 du mois d'août de l'an 1600.
L'exemple suivant n'est pas moins admirable. A Païenne était sur le point de mourir un autre esclave turc, âgé de quatre-vingts ans, qui, huit jours avant, était tombé malade par suite d'une colère qu'il avait prise, parce qu'un autre esclave