‹ Vie de S. Camille de LellisChapitre 89 sur 237 · LIVRE SECOND · texte numérisé non relu

LIVRE SECOND

Quoique de nos jours, grâces à Dieu, les hôpitaux ne soient pas dans le même état où ils se trouvaient du temps de saint Camille, soit pour la propreté, soit pour les secours que les malades reçoivent delà part des servants et des médecins, Grégoire XVI, considérant quels grands avantages pouvait procurer le dévouement de ces héroïques religieux que la charité seule attire auprès des lits des malades, à la prière de son Éminence le cardinal Joseph-Antoine Sala, protecteuret président de l'hôpital du Sauveur ad Sancta Sanctorum, fit publier par la Congrégation des Évoques et des Réguliers, un rescrit par lequel les Minisires des infirmes furent introduits dans cet hôpital, où ils résident et prodiguent leurs soins aux pauvres. Ils en prirent possession le 31 octobre 1836, et ils continuent, à la grande satisfaction de tous, à y donner des preuves de cet amour affectueux et de ce zèle ardent, qui ont toujours distingué les dignes enfants de saint Camille.

Si nous arrivons maintenant aux maisons des particuliers, quelle langue pourra dignement exprimer les bienfaits infinis répandus à profusion par ce saint Institut? Combien de fois ces Pères n'ont-ils pas trouvé des hommes endurcis dans le vice, qui mouraient à côté de l'objet de leur passion criminelle? Combien n'en voyaient-ils pas qui, au lieu de pleurer et gémir sur les désordres de leur vie passée, se lamentaient parce qu'il leur fallait quitter leurs biens, leur femme, leurs enfants? Combien qui mouraient avec l'esprit et les désirs de vengeance, maudissant leurs fils, s'ils

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ne l'accomplissaient pas? Combien qui, au lieu d'invoquer les noms si douxde Jésus et de Marie, prononçaient celui de quelque jeune personne, qu'ils aimaient d'un amour honteux et coupable? Combien qui, ayant la mort sur les lèvres, agitaient les mains, comme s'ils comptaient de l'argent, parlant d'affaires, de contrats et d'obligations? Combien qui mouraient sans Sacrements, et surtout parmi la noblesse, parce qu'il ne se trouvait personne qui osât les tirer de leur illusion, ou les avertir que l'heure suprême allait sonner? Combien qui, réduits à l'extrémité, voyaient les héritiers se disputer et en venir aux mains pour s'emparer de kur aigent, enfonçant les armoires et mettant lamaison sens dessus dessous? On peut aisément se figurer quels supplices doivent torturer le mourant, qui a un tel spectacle sous les yeux, car, outre les angoisses de l'agonie et la crainte de l'arrêt éternel qui l'attend, il voit devant lui ses propres enfants se quereller, ses domestiques cupides et insoumis s'injurier, et sa femme, reléguée dans un coin, pleurer son triste veuvage. Oh! qu'il serait doux pour lui, dans cette douloureuse situation, d'avoir au chevet de son lit un saint religieux, pour le consoleret allégerle poids de ses souffrances au milieu d'un si cruel abandon! Un gentilhomme romain, se trouvant dans la position déplorable dont nous parlons, s'écriait sur le point de mourir : « Âh! Muzzio, Muzzio, à quoi tu te vois réduit! »

Un autre grand seigneur, étant également à l'agonie, et se voyant délaissé de tous, dit d'une

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