CHAPITRE II
Charité de Camille pour les pauvres des hôpitaux.
L'amour de Camille pour les pauvres des hôpitaux fut sa vertu de prédilection, et pour laquelle Dieu l'a vait choisi ; il la poussa à un si haut
degré, qu'il lui suffisait de les voir pour s'attendrir sur leur sort et oublier toutle reste. Il considérait en eux Jésus-Christ d'une manière si vive, que plusieurs fois, en leur donnant à manger, il s'imaginait que chacun d'eux était le Sauveur lui-même; il leur demandait grâce et le pardon de ses péchés, se tenant en leur présence avec le même respect que s'il eût été réellement en présence de Dieu, leur présentant souvent la nourriture, la lête découverte et à genoux.
Une nuit, dans l'hôpital du Saint-Esprit, à Rome, dans l'infirmerie des fous, son compagnon le trouva agenouillé, face à face avec un malade, qui avait la bouche rongée par un chancre si pestilentiel et si dégoûtant, que l'on ne pouvait en supporter l'infection. Camille respirait son haleine, comme s'il eût été une masse inerte et insensible, ou plutôt comme s'il eût contemplé les plaies du Sauveur. Il le regardait avec des yeux tendres et le visage souriant; il lui adressait des paroles si caressantes et si flatteuses, qu'il semblait qu'il était fou d'amour pour lui, lui disant : « Mon Seigneur, mon ami, les délices de mon cœur, que puis-je faire pour votre service ; » comme s'il eût parlé à Jésus, son bien-aimé, tellement il voyait dans le pauvre l'image de son Sauveur; et plusieurs fois il était tellement transporté, absorbé par cette pensée qu'il servait Jésus-Christ, qu'on le voyait pai courir l'hôpital, en sautant et gesticulant, sans avoir la conscience de ce qu'il faisait.
Il lui arrivait souvent qu'en donnant à manger aux pauvres, tenant l'écuelle d'une main el la cuil-