LIVRE SECOND
1er de l'autre, il n'atteignait pas la bouche de l'infirme, tant il avait l'espritdistrait. Son compagnon le vit un jour dans cet état, et le pria de lui donner l'écuelle, lui disant qu'il le servirait lui-même ; mais le bon Père ne l'entendait pas, ne répondait pas ; il était tout joyeux, transporté, et comme en extase. Cela ayant duré quelque temps, il revint en lui-même, soupirant et prononçant des paroles affectueuses et empreintes d'une piété suave. Son compagnon Fa vu ainsi plusieurs fois, ce qu'il a affirmé avec serment.
Il vivait, en quelque sorte, comme les Anges, dont le propre est d'intervenir dans les actions humaines, de manière à ne pas perdre pour cela la vue et la contemplation de Dieu. Et cet Ange de la terre avait tellement l'esprit fixé vers les biens célestes, que les charges nombreuses dont il s'acquittait envers les pauvres et pour le gouvernement de son Ordre n'empêchaient point cette heureuse union de son âme avec Dieu. 11 était arrivé à ce degré de perfection où les deux vies, l'active et la contemplative, n'en forment plus qu'une, sansque l'une nuise àl'aulre, mais s'aident toutes les deux réciproquement; car l'exercice de toutes ses bonnes œuvres rendait son oraison plus efficace, et la dévotion qu'il retirait de l'oraison, le rendait plus prompt à faire le bien.
Un jour le directeur du Saint-Esprit fit appeler Camille, qui se trouvait alors dans l'infirmerie, donnant à manger à un pauvre : « Dites à Monseigneur, répondit le serviteur de Dieu, que je suis occupé avec Jésus-Christ; que je ferai ce que Sa
Seigneurie m'ordonne, quand j'aurai terminé. » L'administrateur fut si édifié de la réponse que, lorsque Camille alla le voir, il l'accompagna jusqu'à la dernière marche de l'escalier, le regardant et l'honorant comme un grand serviteur de Jésus- Christ.
Passant un jour dans une salle de l'hôpital, un infirme lui oit : « Père, je vous en prie, ayez la bonté de faire mon lit, qui est très dur. » Il se fâcha, comme s'il lui avait fait une grande injure en employant l'expression de prier, il lui répondit : « Frère, Dieu vous pardonne ; est-ce que vous avez à me prier? Ne savez-vous pas que vous pouvez me commander, puisque je suis votre serviteur et votre esclave? » Et aussitôt il lui fit son lit avec la plus grande joie.
Après avoir donné àmanger à un malade tout couvert de plaies, et lui avoir témoigné toutes sortes de bontés, le charitable serviteur de Dieu entendit néanmoins le pauvre, aigri par la violence du mal, lui manifester son mécontentement. Alors Camille, vivement touché de compassion pour lui, l'embrasse, le caresse, et lui dit affectueusement : «Mon très cher frère, je vous en conjure, pour l'amour de Notre-Seigneur Jésus-Christ, ne vous attristez pas, ne vous affligez pas davantage; car je suis prêt à vous servir, à faire tout ce que vous me demanderez, et sachez que je ne m'éloignerai d'ici que je ne vous aie vu content et satisfait. » Par ces paroles et d'autres semblables, il le tranquillisa et le consola.
Dans YhôpilàldeirAnnunziata de Naples, faisant