‹ Vie de S. Camille de LellisChapitre 93 sur 237 · LIVRE SECOND · texte numérisé non relu

LIVRE SECOND

le lit d'un malade, qu'il n'avait pu faire depuis quelques jours, à cause de la gravité du mal, il trouva que ses plaies avaient donné naissance à beaucoup divers, et qu'un oreiller en était presque rempli. Les montrant à ses Religieux, qui s'acquittaient près de lui du même ministère : « Voilà, leur dit-il, mes enfants, voilà les fleurs et les pierres précieuses qui doivent composer la couronne qui ceindra nos fronts dans le ciel. Je remercie Dieu de ce qu'il vous a fait la grâce de vous confier la sainte mission de secourir vos frères. > 11 nettoya aussitôt le malade de toutes ses immondices, et lui donna du linge propre.

Si les malades ne pouvaient se remuer, et qu'il fût nécessaire de les aider pour leur faire changer de linge, ou faire leurs lits, ou pour faire d'autres besoins, quoique malade lui-même et vieux, il les levait, les emportant dans ses bra?, et passait ensuite à un autre lit, avec la même affection, le même respect et la même attention que s'il se fût agi du fils d'un grand prince. Que dis-je d'un prince? Il semblait qu'il portait dans ses bras, comme autrefois le saint vieillard Siméon, le Sauveur du monde. Le malade le plus couvert de lèpre, le plus contagieux de l'hôpital, il l'embrassait sans la moindre répugnance ; il approchait son visage du sien, respirait son haleine, et soutenait avec sa tète celle du pauvre dolent avec la même tendresse et la même dévotion que si la tète de son doux Jésus, meurtrie par la couronne d'épines, se fût reposée sur la sienne. Ce que les autres font par force, en servant les malades, lui

le faisait avec une joie extrême et une affection inexprimable. Pendant le court espace de temps que le malade passait dans un autre lit, il avait un soin admirable pour quil eût tout ce dont il avait besoin, qu'il ne restât pas découvert, la tête basse, et qu'il ne souffrît pas du froid.

Quand il se rendait à l'hôpital, quoiqu'il n'y rencontrât que des objets dégoûtants, des odeurs infectes, un abrégé de toutes les misères humaines, il marchait avec autant de joie et d'ardeur que s'il se dirigeait vers un parterre délicieux. Le docteur Barthélémy de la Croix, médecin et bienfaiteur de Tlnstitut, le rencontra un jour sur le soir, et lui demanda où il allait à cette heure : Camille lui répondit qu'il allait se promener dans un très beau jardin, orné de mille fleurs et d'une grande variété de fruits, qui se trouvait près du château Saint-Ange. Le docteur fut très étonné, car il savait qu'il n'y avait ni jardin ni verger dans tout ce parage. Alors Camille souriant lui dit « que ce jardin, c'était l'hôpital du Saint-Esprit ». Ce qui édifia beaucoup le docteur.

Un de ses Religieux lui demandant s'il se plaisait à l'hôpital, surpris de cette demande qu'il trouvait étrange, il lui répondit : e Comment ne me trouverais-je pas bien dans l'hôpital, étant dans le paradis terrestre, avec l'espérance et le gage certain de jouir de celui du ciel ! »

Il était naturellement taciturne et mélancolique ; mais, dès qu'il entrait dans quelque hôpital, à l'instant son front se déridait, les nuages de sa tristesse se dissipaient ; il était non seulement con-

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