‹ Vie de S. Camille de LellisChapitre 94 sur 237 · LIVRE SECOND · texte numérisé non relu

LIVRE SECOND

tent et réjoui, niais il égayait tout le monde, et sa vue seule rendait la joie à tous les malades. Les aveugles eux-mêmes, étendant souvent les mains, le saluaient et l'appelaient par son nom. Il leur semblait que la présence du serviteur de Dieu était comme celle de l'Ange qui remuait les eaux delà piscine. Mais l'Ange du Seigneur n'en guérissait qu'un seul à la fois, tandis que la vue de Camille apportait à tous quelque secours et quelque consolation.

Chose merveilleuse! il semblait que son ombre et sa présence, semblables à celles de saint Pierre, procurassent la santé et le soulagement aux malades. Quand il entrait dans les salles, il recherchait ceux qui étaient le plus en danger et les plus voisins de la mort ; il prenait tous les moyens possibles pour qu'ils mourussent en état de grâce, consolés et sans regretter la vie. Une se proposait d'autre fin, dans toutes ses occupations extérieures, que la plus grande gloire de Dieu et le salut des âmes de ces pauvres infortunés, pour lesquelles il prenait tant de peines et essuyait tant de fatigues.

En donnant à manger aux malades, il était si attentif à faire cette action, qu'il paraissait qu'il n'avait rien autre chose à faire dans le monde. D'une main, il leur présentait la nourriture, de l'autre, il leur soutenait la tète, ou éloignait les mouches de leur visage ; avec ses yeux, il examinait s'il leur manquait quelque chose, ou s'ils témoignaient du dégoût pour la nourriture; avec ses oreilles, il se montrait attentif à obéir à leurs

ordres; avec la langue, il leur demandait s'ils éprouvaient quelque répugnance pour l'aliment qu'il leur offrait, et, s'il leur était désagréable, il leur en apportait un autre. Il les priait affectueusement de prendre courage, de s'efforcer de plaire à Dieu, les exhortait à la patience, en leur parlant de la Passion du Sauveur, et avec le cœur, il priait Dieu de leur accorder sa grâce. Quand il avait achevé de leur donner à manger, il ne s'éloignait d'eux que lorsqu'ils lui assuraient de leur propre bouche qu'ils étaient contents et satisfaits, et ne demandaient pas autre chose. En les quittant, souvent il leur faisait baiser le Crucifix, ou les aspergeait d'eau bénite, ou leur baisait les pieds et les mains, et se recommandait à leurs prières. Il avait coutume de dire : « Dieu veuille qu'à l'heure de ma mort, je sois secouru par un soupir ou une bénédiction de ces pauvres! » Ordinairement il leur présentait des essuie-mains, et, quand ils ne pouvaient s'en servir, il les essuyait luimême. Enfin il arrangeait leurs couvertures avec le plus grand soin, afin qu'ils n'éprouvassent pas la moindre incommodité. De quelles attentions délicates n'entourait-il pas ses pauvres bienaimés ! Il les peignait, leur faisaitles ongles, lavait et pansait leurs plaies, nettoyait leurs bouches, dont il tempérait l'ardeur dévorante en leur donnant à boire de l'eau fraîche. 11 leur échauffait les pieds, leur lavait tout le corps, les délivrait de ces insectes sales et affamés qui les tourmentaient, et qui s'attachaient à lui en grand nombre. Quel genre de prévenance n'inventa pas sa charité 1 11

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