LIVRE SECOND
leur humectait continuellement les tempes et les narines avec du vinaigre rosat, pour les réconforter et les faire revenir à eux-mêmes. Quelquefois, quand il descendait les infirmes de leurs lits, il quittait ses pantoufles pour les placer aux pieds des pauvres, afin que ceux-ci ne reposassent pas leurs pieds nus sur le pavé, et souvent, afin qu'il n'eussent pas froid, il se dépouillait de ses vêtements dont il les couvrait; d'autres fois, il les coiffait de son chapeau ou de son bonnet, restant, pendant tout ce temps, sans pantoufle, sans surtout et sans chapeau, no faisant pas attention à l'incommodité qu'il en éprouvait.
Il portait ordinairement dans l'hôpital une couverture ou tunique de toile noire et grossière par-dessus la soutane; il faisait cela, non seulement par humilité et par esprit de pauvreté, mais aussi pour la propreté, parce qu'il embrassait ordinairement les malades. Le pape Clément VIII, au commencement de son pontificat, se rendit deux fois à l'hôpital du Saint-Esprit. Camille ne rougit pas de lui baiser les pieds avec son tablier de toile. Le Souverain Pontife en fut si édifié, qu'il profita dans certaines circonstances de ses avis pour le service de l'hôpital. Il s'entretint plus d'une heure avec lui, dans une chambre,, de ce qui regardait le gouvernement et la bonne administration de cet établissement.
Il avait coutume de porter aux malades des douceurs, ou des fruits qui ne pouvaient leur nuire, selon la maladie ou la saison. Il provoqua un jour la réunion de huit médecins, afin qu'ils lui
signalassent, d'une manière particulière et en détail, ce qui pouvait être utile ou nuisible aux malades, selon la qualité et la diversité des maladies. Il portait cette note dans son sein, pour ne pas se tromper en les soignant et en leur faisant quelque présent agréable; caria charité doit être toujours jointe à la prudence.
Quand il veillait La nuit dans les hôpitaux, il était chargé de beaucoup de choses; car, outre son Crucifix ordinaire, qu'il tenait toujours à la main, pour quelque cas de mort, et le livre pour aider à bien mourir, il avait trois flacons suspendus à sa ceinture, un d'eau bénite, un autre de vinaigre, un autre de bouillon pour réconforter les infirmes. 11 portait toujours un ou deux grands vases d'étain avec une écuelle pour le même usage.
il allait souvent dans la cuisine pour faire cuire ou surveiller ce que l'on donnait aux malades, et leur portait lui-même ces aliments, quand ils étaient suffisamment apprêtés. La charité le rendait encore semblable à une tendre nourrice, car il prenait soin très souvent des pauvres enfants malades et les sustentait par une nourriture légère. Il allait également dans les pharmacies, pour commander et chercher les remèdes qu'il emportait à l'hôpital. Ainsi, en tout et partout, il avait pour mobile unique la charité.
Quand la nuit, il était inoccupé dans les hôpitaux, il parcourait lentement les salles, couvrant les malades, ou tuant ces animalcules immondes, qui les réveillent et les tourmentent.