‹ Vie de S. Camille de LellisChapitre 97 sur 237 · LIVRE SECOND · texte numérisé non relu

LIVRE SECOND

l'on dit communément, ne savent lire dans d'autres livres que dans leurs missels ; et, moi aussi, je ne sais parler d'autre chose que de la charité. »

Quand il voyait un séculier aller faire l'aumône aux pauvres des hôpitaux et leur porter quelque présent, il semblait qu'il en était jaloux, comme s'il eût enlevé son propre bien, et c'était pour lui un nouveau motif de s'enflammer d'une charité plus ardente. Il disait souvent que les hôpitaux étaient des mines d'or et d'argent, où tous pouvaient ramasser des trésors pour l'éternité. « Voulez-vous savoir, dit-il un jour à ses Religieux, si vous agissez selon les vues de Dieu, si vous marchez dans la perfection, et si vous pouvez avoir l'espérance fondée d'être prédestinés, examinezvous vous-mêmes, et voyez comment vous remplissez la promesse que vous avez faite à Dieu. Si vous êtes brûlants d'amour et pleins de ferveur dans le ministère de notre Institut, c'est un signe de bon augure; mais, si vous êtes froids, sachez que vous êtes dans le chemin de la perdition. »

La patience n'est pas moins nécessaire que la charité à l'égard des pauvres. Camille affirmait que, pour récompense des bienfait s dont il les avait comblés, il en avait reçu des coups, des injures, des paroles outrageantes; qu'ilslui avaient craché à la figure; et disait aussi que, dans le ministère qu'ils remplissaient, il fallait avoir l'esprit d'oraison, d'humilité, beaucoup de patience, degrandeur d'âme, une ardente charité, et qu'il fallait contempler le Créaleur dans la créature.

Dans les instructions publiques qu'il adressait à

ses Religieux et dans les autres conférences spirituelles qu'il avait avec eux, il parlait toujours de la charité, qu'il louait par-dessus tout. Il leur enseignait à soigner les malaies, à leur donner à manger à propos, à faire leurs lits sans les incommoder ou leur nuire, à leur rafraîchir la bouche et à les échauffer dans la saison rigoureuse. Il faisait porter devant eux des tables, des bancs, des matelas, des draps et les autres accessoires d'un lit, pour voir s'ils savaient le faire, leur ordonnant de se mettre à l'œuvre, et leur apprenant comment il fallait s'y prendre. 11 voulait savoir s'ils étaient à même de faire réciter aux mourants les actes de foi, leur faire des exhortations et la recommandation de rame.

Était-il retenu quelquefois à la maison par la maladie ou quelque autre motif, il semblait alors sous l'action de la contrainte, et comme renfermé par force dans une prison, car il était toujours par la pensée au milieu des pauvres des hôpitaux. U s'informait de leur état, et voulait savoir en détail tout ce qui les concernait.

Se rendant un jour à l'hospice du Saint-Esprit, il trouva, sur le pont du château Saint-Ange, un pauvre étendu par terre, entouré de certaines personnes qui le regardaient avec compassion. Le Père Camille le releva et l'emporta à l'hôpital. Chemin faisant, il rencontra sur ses pas une femme qui balayait le devant de sa maison, et soulevait une giande poussière : «Madame, lui dit-il, ayez la bonté d'attendre que ce malheureux ait passé. » Si dans la lecture du réfectoire il était question

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