LIVRE SECOND
de la charité, il faisait n peler pluieurs fois ce passage, et son âme se repaissait avec délices de cette nourriture spirituelle. Le premier lundi de Carême, où Ton prêche sur le jugement, il voulait que tous ses Religieux assistassent au sermon, parce qu'on y parlait de la charité et de la grande récompense que promet Notre-Seigneur dans cet endroit de l'Évangile à ceux qui sont miséricordieux. S'il entendait quelque prédicateur qui ne parlât pas dans son discours de la charité, ce discours, quoique rempli de traits brillants, spirituels et éloquents, était pour lui comme une bague d'or sans pierre précieuse.
S'il s'apercevait que quelqu'un des siens évitât quelque malade, dont les plaies exhalaient une odeur fétide, il le plaçait adroit ementdans les salles de l'hôpital les moins propres, qu'ils balayaient ensemble. Il faisait avec lui le lit de quelque pauvre repoussant, pansait ses ulcères, et se retournant vers son compagnon, lui disait : «Dieu me fasse la grâce de mourir avec les mains ainsi salies au service de la charité! »
Il voulait que ses Religieux, en se rendant à l'hôpital, marchassent très vite, afin qu'ils eussent plus de temps à consa creraux infirmes ; et un jour, comme le Frère qui guidait la marche allait lentement, Camille lui dit, pour le mortifier, à son arrivée à l'hôpital : « Frère, vous marchiez d'un pas de tortue ! •»
Quand il se rendait au palais du Pape pour quelque affaire importante qui intéressait l'Institut, quoiqu'il fût pressé, et qu'en n'arrivant pas à
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l'heure il pût manquer l'occasion d'avoirl'audience désirée, ense voyant près de l'hôpital, qui se trouve au coin de la rue, entraîné comme malgré lui par la charité, il se détournait de son chemin et se contentait de le traverser, faisant à la hâte quelque acte charitable, se consolant quand il ne pouvait faire autrement, en saluant les malades et en touchant leurs lits.
Il ne trouvait de joie, de repos et de délassement qu'à l'hôpital. It disait souvent que, lorsqu'il éprouvait certaines indispositions, et surtout des douleurs de tète, il se rendait à l'instant dans quelque hôpital, et en y entrant pour s'y livrer à ses occupations ordinaires, il lui semblait qu'il recouvrait miraculeusement la santé, la force et la vigueur pour se consacrer au service des pauvres.
Ses Religieux, touchés de compassion, à cause de ses infirmités et de sa vieillesse, le priaient souvent, à Rome, de ne pas se rendre à l'hôpital, et de ne pas traverser le pont du château Saint- Ange, où le soleil darde ses rayons les plus ardents, pendant les chaleurs étouffantes et pernicieuses de l'été. Il répondait : « Le soleil avec ses rayons brûlants n'est-il pas la créature de Dieu? La charité ne cherche pas le bien-être. » Il finissait par dire : « Mes Frères, notre corps est comme le cheval, il a besoin de l'éperon pour marcher et travailler au service de Dieu. »
Un de ses Religieux lui dit : « Père, je crains que quelque jour vous ne tombiez mort de faiblesse au milieu des pauvres. > Camille répondit : « Plût à Dieu que j'eusse un aussi grand bonheur que