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avait regardé lui-même au lieu de se fier à Lot? L'Église du XHP siècle les a eus, et c'est pour cela que la tempête de Thérésie ne Ta point emportée.
Mais il y a autre chose; l'Église offrait alors un beau spectacle de grandeur morale. Il faut savoir détourner les yeux des misères qui viennent d'être indiquées pour les porter jusque sur le trône pontifical et voir la beauté de la lutte engagée : un pouvoir tout spirituel prétend dominer les rois de la terre, comme Tâme dompte le corps, et il finit par triompher.
Certes, les soldats et les généraux de cette armée furent souvent de vrais bandits, mais encore faut-il pour être juste, comprendre le but auquel ils visaient.
Dans ces âges de fer où la force brutale était tout, l'Église, malgré ses plaies, a montré aux hommes des paysans et des ouvriers recevant l'humble hommage des plus hauts potentats de la terre, simplement parce qu'ils étaient assis sur la chaire de Saint Pierre et qu'ils représentaient la loi morale.
Voilà pourquoi l'Alighieri et bien d'autres avant et après lui ont pu maudire les mauvais ministres, mais sans avoir au fond du cœur autre chose qu'une immense compassion et un ardent amour pour cette Église qu'ils ne cessaient d'appeler leur mère.
Tout le monde cependant ne les imitait pas, et les vices du clergé expliquent le nombre infini des hérésips.
Elles eurent toutes du succès, depuis celles qui étaient de simples cris de la conscience révoltée, comme celle des Yaudois, jusqu'aux plus folles, comme celle d'Éon de l'Étoile. Il y eut, dans le nombre, de belles et saintes causes ; mais il ne faut pas que les persécutions
enduées par les hérétiques nous les rendent intéressants au point de troubler notre jugement. Il vaudrait mieux pour Rome qu'elle eût triomphé par la douceur, par rinstruction et par la sainteté; mais hélas, un combattant ne choisit pas toujours ses armes, et quand il y va de la vie» on prend les premières qu'oQ trouve à sa portée. La papauté n'a pas toujours été du côté de la réaction et de l'obscurantisme : lorsqu'elle terrassa les Cathares, par exemple, sa victoire fut celle du bon sens et de la raison.
La liste des hérésies du XIIP siècle est déjà fort longue; elle s'allonge cependant tous les Jours pour ta plus grande joie des érudits qui font de laborieux efforts pour classer tout, dans ce tohu-bohu du mysticisme et de la folie. Les hérésies à ce moment furent très vivantes, fort complexes par conséquent, et douées d'une plasticité surprenante. On peut indiquer des courants, marquer des directions; aller plus loin, c'est se condamner à ne plus comprendre ces mouvements instinctifs, passionnés, bizarres, qui naissent, s'élancent, retombent suivant le caprice de mille circonstances insaisissables. Dans certains comtés d'Angleterre, il y a de nos jours des villages qui ont jusqu'à huit et dix lieux de culte pour quelques centaines d'habitants. La plupart de ces gens-là changent de secte, tous les trois ou quatre ans; reviennent à celle qu'ils ont quittée, l'abandonnent encore pour y rentrer de nouveau, et cela pendant toute une vie. Leurs chefs donnent l'exemple et se jettent d'enthousiasme dans chaque nouveauté pour la quitter bientôt après. Les uns et les autres seraient fort embarrassés de donner des raisons compréhensibles de ces allées et venues. C'est l'Esprit
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qui les conduit, diseot-ils, et il serait impertinent de ne pas les croire; mais Thistorien qui voudrait étudier tout cela y perdrait la tète, à moins qu'il ne fît dans ses documents un casier pour chacun de ces Prolées. Ils n'en valent vraiment pas la peine.
Cet état rappelle un peu celui d'une grande partie de la chrétienté sous Innocent III ; mais tandis que les sectes dont je viens de parler, se meuvent dans un cercle assez étroit de dogmes et d'idées, au XI IP siècle tous les excès se rencontrent et se succèdent. On passaitsans transition par les systèmes les plus contradictoires.
On peut cependant noter deux ou trois traits généraux : d'abord, les hérésies ne sont plus^ comme jadis, des subtilités métaphysiques ; Arius et Priscillien, Nestorius et Eutychès sont bien morts.
En second lieu, elles ne partent plus de la classe élevée et dirigeante, mais surtout du bas clergé et du peuple. Les coups qui mirent vraiment en danger rÉglise du moyen âge, lui vinrent d'ouvriers obscurs, des pauvres et des opprimés, qui, dans leur misère et leur dégradation, sentaient qu'elle avait failli à sa mission.
Dès qu'une voix s'élevait, prêchant l'austérité et la simplicité, elle réunissait autour d'elle non seulement des laïques, mais aussi des membres du clergé. Nous soyons ainsi un certain Pons émouvoir tout le Périgord vers la fin du XI I"" siècle, et prêcher avant saint François la pauvreté évangélique^.
Deux grands courants sont manifestes: d'un côté,
i. Reciieil des historiens de la France, Bouquet, t. XII, p. 550-
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les Cathares; de Tautre, les inaoïnbrables sectes qui se révoltent par fidélité au christiaoisme même et veulent revenir à l'Église primitive.
Parmi les sectes de la seconde catégorie, la fia du XII* siècle vit éclore en Italie celle des Pauvres gens qui se rattachaient sans doute à la tentative d'Arnaud de Brescia et qui niaient Tefficacité des sacrements administrés par des mains indignes^.
Un véritable essai de réforme fut tenté par les Vaudois; leur histoire, quoique plus connue, reste encore bien obscure par certains côtés ; leur nom de Pauvres de Lyon rappelle celui des précédents avec lesquels ils eurent d'étroits rapports, ainsi qu'avec les Humiliés. Tous ces noms font involontairement songer à celui?que saint François donnera à son Ordre. Les analogies d'inspiration entre Pierre Yaldo et saint François sont si nombreuses qu'on pourrait être tenté de croire à une sorte d'imitation. On aurait tort : les mêmes causes produisaient de tous côtés les mêmes effets; les idées de réforme, de retour à la pauvreté évangélique, étaient dans l'air, et cela aide à comprendre le retentissement que la prédication franciscaine devait avoir en peu d'années dans le monde entier. Si les débuts de ces deux hommes furent identiques, la suite de leur vie différa beaucoup : Valdo, jeté dans l'hérésie presque malgré lui, fut obligé de tirer les conséquences des prémisses qu'il avait posées ^, tandis que François,
1. Bonacorsi: Vitœ hcereticorum [d'Achery, Spieilegiumf 1. 1, p. 215J. Cf. Lucius III, epist. 171, éd. Migne.
2. V. Bernard Gui, Prcustica inquisitioniSy éd. Douais, in-4*, Paris 1886, p. 244 ss. et surtout le man. de la Vaticane, 2548, f" 71.
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demeuré fiis soumis de TÉglise, mit tous ses efforts à développer en lui et en ses disciples la vie du cœur.
Au reste, il paraît fort probable que par son père François aura été mi3 au courant des tentatives des Pauvres de Lyon. De là, la fréquence de ses conseils sur la soumission que les frères devaient avoir vis-à-vis du clergé.
Quand il alla demander l'approbation d'Innocent III, il est évident que les prélats avec lesquels il fut en relations, le prémunirent contre les dangers de sa création, en lui citant précisément Texemple de Valdo*.
Celui-ci était venu à Rome en 1179, avec quelques compagnons, demander à la fois l'approbation de leur traduction des Écritures en langue vulgaire, et la permission de prêcher. Ils furent exaucés à la condition d'obtenir pour les prédications l'autorisation des curés. Gautier Map (-{-1210), chargé de les examiner, tout en ridiculisant leur simplicité, ne put s'empêcher d'admirer leur pauvreté et leur zèle pour la vie apostolique ^.
Deux ou trois ans plus tard, ils ne trouvèrent plus le même accueil à Rome, et en 118/t ils étaient anathématisés par le concile de Vérone. A partir de ce moment, plus rien ne devait les arrêter, jusqu'à l'établissement d'une église nouvelle.
1. Un chroniqueur contemporain de saint François a fait ce rapprochement : Burchard, abbé d^Ursperg (f 1226) [Burchardi et Cuonradi chronicon. Monum. Germ. hist. Script,; t. 23] nous a laissé de l'approbation de François par le pape un récit d*autant plus précieux que c'est celui d'un contemporain. Loc. cit, p. 376.
2. De nugia Curialium, Dist. I, cap, 31, p. 64, éd. Wright. CSf. Chronique de Laon, Bouquet XllI, p. 680.
Ils se multiplièrent avec une rapidité qui sera à peine dépassée par les FraQciscaios. Oq les trouve, dès la fin du XII^ siècle, répandus depuis la Hongrie jusqu'au cœur de l'Espagne; c'est dans ce dernier pays qu'on commença à les traquer. Dans les autres contrées on se contenta d'abord de les traiter en excommuniés.
Obligés de se cacher, mis dans l'impossibilité de tenir leurs chapitres qui devaient avoir lieu une ou deux fois par an^ et qui auraient pu maintenir parmi eux une certaine unité de doctrine, les Yaudois se transformèrent rapidement suivant les milieux; les uns s'obstioant à S3 croire bons catholiques, les autres allant jusqu'à prêcher le renversement de la hiérarchie et l'inutilité des sacrements^.
De là^ cette multitude de rameaux si divers et même ennemis qui se transformaient d'heure en heure.
Cependant la persécution commune les rapprochait des Cathares et favorisait lamalgame des idées. On ne saurait se figurer combien ils étaient actifs. Sous prétexte de pèlerinage à Rome, ils étaient toujours en route, simples et insinuants. La façon dont on voyageait était particulièrement favorable à la diffusion des idées. Tout en racontant les nouvelles à ceux dont on recevait l'hospitalité, on leur parlait du triste état de l'Église et de la réforme nécessaire. Ces entretiens étaient un moyen d'apostolat bien plus efficace que ceux
1 . Voir par exemple la lettre du rameau italien des Pauvres de Lyon [Pauperes Lombardi] à leurs frères d'Allema|^ne appelés là-bas Léonistes. Ils y exposent les points sur lesquels ils ne sont pas d'accord avec les Vaudois français. Publiée par Preger:^^handlungen der K, bayer. Akademie der W««. HiaL C(., t. XIII, 1875, p. 479 ss.