‹ Vie de s. François d'AssiseChapitre 106 sur 257 · Vers il^. Joachim y mourut le 30 mars · texte numérisé non relu

Vers il^. Joachim y mourut le 30 mars

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retrouvera plus; mais ces quelques paroles chanteut au plusprofood d'elle-même, la troublent et l'inquièteat.

Âiosi eu Tut-il longtemps de Joachim de Flore. Ses idées, répandues çà et là par des disciples enthousiastes, germèrent sans bruit dans les cœurs ^. En redonnant auK hommes Tespérance, il leur rendit la force. Penser, c'est déjà agir; seul à Tombre des sapins séculaires qui entouraient sa cellule, le cénobite de Fiore travaillait à la rénovation de l'Église avec autant de vigueur que les réformateurs venus après lui.

Il est loin cependant d'atteindre à la hauteur des prophètes d'Israël ; au lieu de s élancer comme eux en plein ciel, il reste toujours rivé au texte qu'il commente par la méthode allégorique et d'où il fait sortir, grâce à ce procédé, les bizarreries les plus invraisemblables. Quelques pages de cette lecture harassent le lecteur le plus patient; mais sur ces champs brûlés par le raisonnement théologique, plus desséchant que le vent du désert, où l'on n'aperçoit au premier abord que des pierres et des chardons, on trouve enfin l'oasis enchanteresse et, à son ombre, le repos et les rêves.

L'exégèse de Joachim de Flore aboutissait eu effet à

1. Toute une littérature apocryphe a fleuri autour de Joachim ; quelques hypercritiques ont voulu prouver qu'il n*avait jam Js rien écrit. Ce sont là des exagérations. Trois grands ouvrages sont certainement authentiques : La Concorde de l'Ancien et du Nouveau Tatamentf Le Commentaire sur V Apocalypse et Le Psautier de» dix cordes publiés à Venise, le premier en 1517, les deux autres en 1527. Ses prophéties étaient si connues déjà de son vivant qu'un cistercien anglais, Rodolphe, abbé de Coggeshall (f 1228), venu à Rome en 1195, voulut avoir une conférence avec lui, et nous en a laissé un souvenir intéressant. Mariène, Amplissima collectio, t. V, p. 839.

une sorte de philosophie de Thistoire, dont les grandes lignes devaient singulièrement frapper les imaginations : la vie de rbumanité se divise en trois périodes : dans la première où a régné le Père, on a vécu sous la rigueur de la Loi ; dans la seconde oii a régné le Fils, on vit sous le régime de la Grâce ; dans la troisième, régnera TEsprit et on vivra dans la plénitude de TÂmour. La première est celle de Tobéissance servile, la seconde celle de Tobéissance filiale, la troisième celle de la liberté. Dans la première on a vécu dans la crainte ; dans la seconde on se repose dans la foi ; dans la troisième on brûlera d'amour. L'une a vu briller les étoiles, la seconde voit blanchir Taurore, la troisième verra l'éclat du jour. La première a produit les orties, la seconde donne des roses, la troisième sera l'âge des lys.

Si maintenant Ton songe que dans la pensée de Joachim la troisième période, l'âge de l'Esprit, allait s'ouvrir, on comprendra avec quel enthousiasme furent saluées des paroles qui redonnaient la joie à des âmes encore troublées des craintes millénaires.

Il est évident que saint François a connu ces radieuses espérances. Qui sait même si ce n'est pas le Voyant calabrais qui avait jeté dans son cœur cette ivresse d'amour. Si cela était, il n'aurait pas été seulement son précurseur, il aurait été véritablement son père spirituel.

Quoi qu'il en soit, saint François trouva dans la pensée joachimite bien des éléments qui devaient, sûrement à son insu, devenir les fondements de son institut.

Le noble dédain qu'il marque pour tout ce qui est science, et qu'il aurait voulu inculquer à son Ordre, était

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pour Joachim une des caractéristiques de Tère nouvelle : a La vérité qui reste cachée aux savants, dit-il, se révèle aux enfants; la dialectique ferme ce qui était ouvert, rend obscur ce qui était clair; elle est la mère des discours inutiles, des rivalités et du blasphème. La science n'édifie pas, et elle peut détruire, comme le prouvent ces scribes de TÉglise, gonflés d'orgueil et d'arrogance, qui, à force de raisonner, tombent dans l'hérésie^, d

Ou a vu que le retour à la simplicité évaugélique s'imposait; toutes les fractions de l'hérésie étaient d'accord sur ce point avec les catholiques pieux, mais personne n'en a parlé d'une manière aussi franciscaine que Joachim de Flore. Non seulement il faisait de la pauvreté volontaire un des caractères de l'âge des lys, mais il en parle dans des pages d'une émotion si profonde, si vécue que saint François ne pourra guère que les répéter. Le moine idéal qu'il nous décrit 2, qui n'a pour tout bien qu'une lyre, n'est-il pas un Franciscain avant la lettre, celui dont rêva toujours le Poverelb d'Assise? Le sentiment de la nature éclate aussi chez lui avec une vigueur incomparable. Un jour, il prêchait dans une chapelle plongée dans une obscurité presque complète, tant le ciel était voilé de nuages. Tout à coup une éclaircie se produit, le soleil rayonne, la lumière inonde Véglise; Joachim s'arrête, salue le soleil, entonne le Vent Creator et emmène son auditoire contempler la campagne.

Il n'y aurait rien d'étonnant à ce que vers 1205,

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