Comm. in Apoc, fo 70 b
^' Qui vere monachus est nihil reputat esse suum nisi citharam : Apoc. ib. fo 183, a 2.
FraDQois ait entendu parler de ce prophète vers lequel se tournaient déjà quelques âmes, de cet anachorète qui, regardant au ciel, parlait avec Jésus comme un ami parle avec son ami, mais qui savait aussi descendre vers les hommes pour les consoler et réchauffait sur sa poitrine le visage des agonisants.
A Tautre bout de TEurope, en pleine Allemagne, les mêmes causes avaient produit les mêmes effets; de Texcès des souffrances du peuple et du désespoir des âmes religieuses, naissait un mouvement de mysticisme apocalyptique, qui semble avoir de secrètes communications avec celui qui troublait la Péninsule.
Ce sont les mêmes vues d^avenir, la même attente anxieuse de cataclysmes nouveaux, unie à la perspective d'un rajeunissement de TEglise.
c[ Crie d'une voix forte, dit à sainte Elisabeth de Schônau {f ii6li) son ango familier, crie à toutes les nations : Malheur! car le monde entier s*est changé en ténèbres. La vigne du Seigneur a péri, il n'est personne qui la cultive. Le Seigneur y a envoyé des ouvriers, mais il les a tous trouvés oisifs. La tête de TÉglise est malade et ses membres sont morts... Bergers de mon
Eglise, vous dormez, mais je vous réveillerai! Rois de la terre, le cri de votre iniquité est monté jusqu'à moi^. » <icLa justice divine, dit sainte Hildegarde (f 1178), aura son heure; la dernière des sept époques symbolisées par les sept jours de la création est arrivée, les jugements de Dieu vont s'accomplir; Tempire et la papauté déchus dans l'impiété s'écrouleront ensemble..-
1. E. Roth, Die Visionen der heiligen Elisabeth von SehOmu. Brûnn, 1884, p. 115-417.
l'ièglisk vers 1209 59
Mais alors sur les ruines apparaîtra un peuple de Dieu nouveau, un peuple de prophètes illuminés d'en haut, vivant dans la pauvreté et la solitude. Alors les niystères divins seront révélés, et la parole de Joël s'accomplira; le Saint-Esprit répandra sur le peuple la rosée de ses prophéties, de sa sagesse et de sa sainteté; les païens, les juifs, les mondains et les incrédules se convertiront en foule; le printemps et la paix régneront sur la terre régénérée, et les anges reviendront avec confiance demeurer auprès des hommes. »
Ces espérances ne furent pas tout à fait confondues. Au soir de sa vie le prophète de Flore a pu, nouveau Siméon, entonner son Nunc dimittiSy et la chrétienté put durant quelques années se tourner, émerveillée, vers Assise comme vers une nouvelle Bethléhem.
(Printemps 1206 — 2i février 1209.)
Les biographes de saint Fraoçois nous ont conservé un trait qui montre combien la fermentation religieuse ëlait grande, jusque dans la petite ville d'Assise. On vit passer et repasser dans les rues un inconnu qui jetait à tous ceux qu'il rencontrait les deux mots : Paix et bien! Pax et bonum^ ! Il exprimait ainsi, à sa manière, le trouble des cœurs qui ne voulaient se résoudre ai aux guerres étemelles, ni à la disparition de la foi et de l'amour; écho naïf, il vibrait à des espérances et à des terreurs qui secouaient toute l'Europe.
Vox clamantis in deserto! dira-t-on. — Non, car tout cri du cœur, même s'il semble éclater dans le vide, laisse une trace, et celui de l'inconnu d'Assise a pu contribuer en quelque mesure à la vocation définitive de François.
Depuis le brusque retour de Spolète, la vie de celuici devenait chaque jour plus difficile à la maison paternelle. L'amour-propre de Bernardone avait reçu de sa