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à l*iDtuitioii de la volonté divine. La porte des maisons et des cœurs se fermait, mais la voix intérieure allait éclater irrésistible et se faire obéir pour jamais.
Parmi les nombreuses chapelles des alentours d'Assise, il y en avait une qu*il aimait particulièrement, celle de Saint-Damien. On y arrive en quelques minutes en suivant un sentier caillouteux, à peine frayé sous les oliviers, au milieu de senteurs de lavande et de romarin. Elle occupe le sommet d*un monticule d'oii Ton découvre la plaine tout entière, mais à travers un rideau de cyprès et de pins qui semblent vouloir dérober au regard Thumble ermitage, et établir entre le monde et lui une idéale barrière.
Desservi par un pauvre prêtre qui avait à peine de quoi se nourrir, le sanctuaire tombait en ruines. Il n*y avait à l'intérieur qu'un simple autel en maçonnerie et en guise de retable un de ces crucifix byzantins si nombreux encore en Italie, où les artistes ont laissé transparaître quelque chose des terreurs qui agitaient le XII*" siècle. D'ordinaire le Crucifié, qui y est affreusement lacéré de blessures sanglantes, semble ne vouloir inspirer que la douleur et la componction ; celui de Saint-Damien au contraire a une expression de calme et de douceur inexprimables; au lieu de clore les paupières pour s'abandonner sans retour sous le poids de ses douleurs, il regarde, il s'oublie lui-même, et son regard pur et clair ne dit pas : Je souffre^ il dit: Venez à
Un jour François priait devant le pauvre autel: «Dieu
1. Ge crucifix est conservé à la sacristie de Santa-Ghiara où les sœurs l'ont transporté quand eUes quittèrent Saint-Damien.
grand et glorieux et vous, Seigneur Jésus, faites jaillir, je vous prie, votre lumière dans les ténèbres de mon esprit. ••• Faites-vous trouver de moi, Seigneur, afin qu'en toutes choses je n'agisse que suivant votre sainte volonté*.»
Il priait ainsi en son cœur, et voilà que peu à peu il lui sembla que ses regards ne pouvaient se détacher de ceux de Jésus; il sentait quelque chose de merveilleux se passer en lui et autour de lui. La sainte victime s'animait, et dans le silence extérieur il percevait une voix qui s'insinuait doucement jusqu'au fond de son cœur pour lui parler un ineffable langage. Jésus acceptait son oblation, Jésus voulait son travail, sa vie, toute sa personne et en retour le pauvre abandonné avait déjà le cœur inondé de lumière et de force 2.
Cette vision marque le triomphe définitif de François. Son union avec le Christ est consommée; désormais il pourra s'écrier avec les mystiques de tous les temps : «Mon bien-aimé est à moi, et je suis à lui.»
Mais au lieu de s'abandonner à l'ivresse de la contemplation, il se demanda bien vite comment il rendrait à Jésus amour pour amour, à quelle action il emploierait cette vie qu'il venait d'offrir. Il n'eut pas longtemps à chercher ; on a vu que la chapelle où venaient de se célébrer ses noces spirituelles menaçait ruine ; il pensa que la réparer était l'œuvre qui lui était assignée.
Dès ce jour, le souvenir du Crucifié, la pensée de l'amour qui triomphe en s'immolant, devint le centre même de sa vie religieuse et comme l'âme de son