Soc. i3; 2 Gel. 1, 6; Bon
6i VIE DE S. FRANÇOIS
âme. Pour la première fois sans doute, François venait d'être mis en contact direct, personnel, intime avec Jésus-Christ ; de la croyance il avait passé à la foi, à cette foi vivante qu*un penseur distingué a si bien définie : c Croire c'est regarder ; c'est un regard attentif, sérieux et prolongé, un regard plus simple que celui de l'observation, un regard qui regarde, et rien de plus; regard naïf, regard d'enfant, regard où toute l'âme se porte, regard de l'âme et non de l'esprit, regard qui ne prétend pas décomposer son objet, mais le recevoir tout entier dans l'âme par les yeux. »
En écrivant ces paroles, Vinet a merveilleusement caractérisé, sans y songer, le tempérament religieux de saint François.
Ce regard d'amour jeté sur le crucifix, ce mystérieux colloque avec la compatissante victime ne devaient plus cesser. La piété de François a conquis à Saint-Damieu sa physionomie et son originalité. Son âme porte dès maintenant les stigmates et comme le disent ses biographes dans une phrase intraduisible : « Ab illa hora vulneratum et liquefactum est cor ejus ad memoriam Dominicae passionis ^.9
Désormais il voyait clair devant lui. En sortant du sanctuaire il remit au prêtre tout ce qu'il avait d'argent sur lui pour l'entretien d'une lampe, et le cœur ravi il rentra dans Assise. Il était décidé à quitter la maison paternelle et à entreprendre la restauration de la chapelle, après avoir rompu les derniers liens qui l'attachaient au passé.
Un cheval et quelques pièces d'étoffe de couleurs