‹ Vie de s. François d'AssiseChapitre 115 sur 257 · Soc. 18 et 19; i Gel. 14; Boo · texte numérisé non relu

Soc. 18 et 19; i Gel. 14; Boo

2. A partir de 1204 jasqu'après la mort de saint François, le siège épiscopal d'Assise fut occupé par Guido II. Y. Gristofani, I, 169 ss.

3. Piaiza di Santa Maria Maggiore o del vescovado. Tout y est resté à peu près dans le même état qu'au treizième siècle.

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celui-ci, au lieu de répondre, entrer dans une salle de révéché pour en sortir presqu*aussitôt, absolument nu. Il tenait à la main le paquet de ses vêtements qu'il déposa devant Tévêque avec le peu d^argent qu'il avait encore : « Écoutez tous, dit-il, et sacbez-le bien, jusqu'ici j'ai appelé Pierre Bernardone mon père, mais maintenant je veux servir Dieu. C'est pourquoi je lui rends cet argent pour lequel il se tourmentait si fort, ainsi que mes vêtements et tout ce que j'ai de lui, car désormais je ne veux plus dire que A'o^re Père, qui êtes aux deux. »

Un long murmure s'éleva dans la foule, lorsqu'on vit Bernardone ramasser et emporter les vêtements, sans la plus petite marque de pitié, tandis que l'évêque en était réduit à prendre sous son manteau le pauvre François tremblant d'émotion et de froid ^.

La scène du parvis produisit une immense impression ; l'ardeur, la [naïveté, l'indignation de François, avaient été si profondes et si sincères que les rieurs étaient déconcertés. Ce jour-là il s'assura de secrètes intelligences dans beaucoup d'âmes. Le peuple aime ces conversions brusques, ou du moins qu'il croit telles; François s'imposait de nouveau à l'attention de ses concitoyens, avec une force que doublait le contraste entre son ancienne et sa nouvelle vie.

Il y a de pieuses gens dont la pudeur s'est effarouchée de la nudité de François : mais l'Italie n'est pas l'Allemagne ou l'Angleterre, et le treizième siècle eût été bien étonné de la pruderie des BoUandistes. Il y a simplement là une nouvelle manifestation du caractère

-I. i Gel. 15; 3 Soc. 20; Bon. 20.

de Fraoçois, avec sa naïveté, ses exagérations, son besoin d'établir entre les paroles et les actions une complète harmonie, une correspondance littérale.

Après de pareilles émotions, il avait besoin d*être seul, de savourer sa joie, de chanter sa liberté définitivement conquise, sur tous les sentiers le long desquels il avait tant gémi, tant lutté.

Il ne voulut donc pas retourner immédiatement à Saint-Damien. Sortant de la cité par la porte la plus voisine, il s'enfonga dans les sentiers déserts qui grimpent sur les flancs du mont Subasio.

On était aux tout premiers jours du printemps. Il y avait encore çà et là de grandes fondrières de neige, mais sous les ardeurs du soleil de mars, Thiver semblait s'avouer vaincu. Au sein de cette harmonie mystérieuse et troublante, le cœur de François vibrait délicieusement, tout son être se calmait et s'exaltait ; Tâme des choses le caressait doucement et lui versait l'apaisement. Un bonheur inconnu l'envahissait ; pour célébrer sa victoire et sa liberté, il remplit bientôt toute la forêt du bruit de ses chants.

Les émotions trop douces ou trop profondes pour pouvoir être exprimées dans la langue ordinaire, l'homme les chante ; la musique est cependant à cet égard supérieure au chant : elle est par excellence la langue de l'ineffable. Le chant atteint presque sa valeur lorsque les paroles ne sont là que pour soutenir la voix. La plus grande beauté des psaumes et des hymnes de l'Église leur vient de ce que chantés dans une langue moi*te, ils n'ont rien qui mette l'intelligence en travail ; ils ne disent rien, mais ils expriment tout, et se modifient merveilleusement, comme un accompagnement

céleste qui suit les émolioas du croyant, depuis les luttes les plus angoissées jusqu'aux extases les plus indicibles.

Il cheminait donc, aspirant à pleins poumons les effluves printaniersy redisant à gorge déployée une de ces chansons de la chevalerie française qu'il avait apprises jadis.

Les forêts qu'il traversait étaient la retraite ordinaire des gens d'Assise et des environs ayant des motifs pour se cacher. Quelques brigands mis en éveil par sa voix fondirent tout d'un coup sur lui. — a Qui es-tu ! lui demandèrentr-ils. t> — « Je suis le héraut du grand Roi, et puis, que vous importe? » —

Il n'avait pour tout vêtement qu'un vieux manteau, que le jardinier de l'évéque lui avait octroyé sur la prière de son maître ; ils l'en dépouillèrent et le jetant dans un fossé plein de neige : «Tiens, voilà ta place, pauvre héraut de Dieu.)i>

Les voleurs partis, il secoua la neige qui le couvrait et après bien des efforts, finit par sortir de la fondrière. Glacé par le froid, n'ayant plus sur lui qu'une pauvre chemise, il reprit pourtant ses chants, heureux de souffrir et de s'habituer ainsi à entendre toujours mieux les paroles du Crucifié ^.

Non loin de là était un monastère. Il y entra et offrit ses services. Dans une pareille solitude, dont les abords étaient si mal fréquentés, on était soupçonneux. On lui permit de se rendre utile à la cuisine, mais on ne lui donna rien pour se couvrir et à peine de quoi manger.

Force lui fut de partir ; il se dirigea vers Gubbio où il savait qu'il trouverait un ami. Peut-être était-ce

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