‹ Vie de s. François d'AssiseChapitre 118 sur 257 · Gel. 18; 3 Soc. 21 ; Bon · texte numérisé non relu

Gel. 18; 3 Soc. 21 ; Bon

la fin de sa tournée, il jeta les yeux sur les restes entassés au fond de son écuelle, il crut un instant que le courage lui manquerait. Mais la pensée d'être si vite infidèle à Tépouse à laquelle il avait donné sa foi le glaça de honte, et lui donna la force de manger avideDQent ^.

Chaque heure, pour ainsi dire, amenait une lutte nouvelle: un jour, il allait par la ville mendiant de rhuile pour les lampes de Saint-Damien, lorsqu'il arriva à une maison où on donnait un festin : la plupart de ses anciens compagnons y étaient chantant et dansant. Au bruit de ces voix connues, il lui sembla qu'il n'oserait jamais entrer, il s'éloigna même, mais bientôt confus de sa lâcheté, il revint vivement sur ses pas, pénétra jusque dans la salle de la fête, et après avoir confessé sa honte, mit tant d'instance et de feu à sa demande que tous voulurent coopérer à cette œuvre pieuse 2.

Sa plus rude épreuve était cependant la colère de son père, toujours aussi violente. Quoique ayant renié François, Bernardone ne souffrait pas moins dans son orgueil de voir ce genre de vie, et quand il rencontrait son fils, il Taccablait de reproches et de malédictions.

L'âme tendre de François en ressentait un si vif chagrin qu'il eut recours à une sorte de stratagème pour conjurer le mauvais sort des imprécations paternelles : «Viens avec moi, dit-il à un mendiant, tu me serviras de père, et je te donnerai une partie des aumônes que je recueille. Quand tu verras Bernardone me maudire

Page 1