‹ Vie de s. François d'AssiseChapitre 132 sur 257 · i Gel. 33; 3 Soc. 53; Bon · texte numérisé non relu

i Gel. 33; 3 Soc. 53; Bon

même, que la suprématie n'est qu'un moyen transitoire, et une partie de son pontificat ressemblera à ces guerres, légitimes au début, mais où le vainqueur continue les ravages et les massacres presque sans savoir pourquoi, uniquement parce qu'il est grisé de sang et de succès.

Aussi Rome qui a canonisé le pauvre Gélestin Y, a-t-elle refusé cette consécration suprême au glorieux Innocent III. Elle a senti, avec un tact exquis, qu'il avait été plus roi que prêtre, plus pape que saint.

Quand il réprime les désordres ecclésiastiques, c est moins par amour du bien que par haine du mal ; c est le juge qui condamne ou menace s*appuyant toujours sur une loi, ce n*est pas le père qui pleure. Il y a une chose que ce pontife ne comprit pas en son siècle: réveil de Tamour, de la poésie, de la liberté. J*ai dit plus haut qu*au commencement du XI IP siècle le moyen âge eut vingt ans. Innocent III voulut le mener comme s'il n'en avait eu que quinze.

Possédé par son dogme civil et religieux, comme d'autres le sont par leurs doctrines pédagogiques, il ne devina pas ce qui s'agitait confusément au fond des âmes de tendresses inassouvies, de rêves, insenséspeutêtre, mais bienfaisants et divins.

Ce fut un croyant, quoique quelques phrases des historiens ^ laissent la porte ouverte à bien des suppositionSj mais sa religion lui venait plus de la Bible que de l'Évangile, et s'il rappelle souvent Moïse le conducteur des peuples^ rien en lui ne fait songer à Jésus le pasteur des âmes.

1. Sainte Lutgarde (1182-1246) le vit plongé dans le Purgatoire jusqu'au jugement dernier. Vie de cette Sainte par Thomas de Catimpré dans Surius : Vitœ SS. (1618), VI, 215-226.

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Oq ne peut tout avoir: une intelligence d'élite, une volonté de fer^ sont une part assez belle naêrne pour un prêtre- dieu ; il lui manqua l'amour. La mort de ce poDtife, grand entre les grands, devait être saluée par des chants d'allégresse^.

La réception qu'il fit à François, a fourni h Tami de Dante, à Giotto, le sujet d'une des pages les plus saisissantes de son œuvre: le pape assis sur son trône fait un brusque mouvement pour se pencher vers saint François. Il fronce le visage, car il ne comprend pas, et cependant il sent dans cet homme vil et méprisé — vilis et despectus — une étrange puissance ; il fait un réel mais inutile effort pour saisir, et je retrouve tout à coup en ce pape, — qui se nourrissait de citron *, — quelque chose qui rappelle une autre intelligence d'élite, celle d'un théocrate aussi, immolé comme lui à son œuvre : Calvin.

On pourrait croire que le peintre avait trempé ses lèvres dans la coupe du Voyant calabrais et qu'il a voulu symboliser dans l'attitude de ces deux hommes la

1. Vir clari ingenii, magnas probitatis et sapientiœ, oui nullus secundus tempore suo : Rigordus, de gestis Philippi AugtMti dans Dachesne, Hiatoriœ Francorum scriptores coœtaneiy t. V, p. 60. — ISeù similem sui scientia, facundia, décret orum et legum pérititiaf atrenuitate judiciorum nec adhucvisus est habere sequentem. Cf. Mencken, Script, rer, Soa?., Leipzig, 1728, t. III, p. 252, Innocentius, qui vere stupor mundi erat et immutator sœculi. Cotton, Hist. Anglicanaf éd. Luard, 1859, p. 107.

2. Ci{ju8 finis lœiitiam potius quam tristitiam generavit subjectis. Albéric des Trois-Fon laines, éd. Leibnitz, Accessiones his* ioricœ, t. II, p. 492.

3. Lecidit in acutam {febrem) quam cum multis diébus fovisset nec a citris^ quibus in magna quantitate et ex consuetudine veteébatur. . . minime abstineret. . . ad ultimum in lethargia pro^ l(^psus vitam finivit. Âlbéric des Trois-Fontaines, loc. cit.

rencontre des représentanls de deux âges de rhumanité, celui de la Loi et celui de l'Amour^.

Une surprise attendait les pèlerins à leur arrivée à Home : ils rencontrèrent Tévèque d'Assise ^ qui fut tout aussi étonné qu'eux-mêmes. Ce détail est précieux, puisqu'il prouve que François n'avait pas entretenu Guido de ses projets. Malgré cela il leur offrit, dit-on, de les patronner auprès des princes de TÉglise. On ne peut s empêcher de soupçonner que ses recommandations ne furent peut-être pas très chaudes. En tout cas, elles n'épargnèrent à François et à ses compagnons ni une minutieuse enquête, ni les longs et paternels conseils du cardinal Jean de Saint-Paul ' sur les difficultés de la Règle, conseils qui rappellent de fort près ceux de Guido lui-même^.

1. Fresque de la grande nef de TégUse supérieure d'Assise. 3. 1 Gel. 32; 3 Soc. 47.

3. De la famille Colonna, il mourut en 1216. Cf. 3 Soc. 61. V. Cardeila, Memorie storiche de* Cardinali, 9 vol., in-8«, Rome 1792 s9 , t. 1, p. 177. Il était à Rome dans Tété de 1210, car le 11 août il contresigna la bulle Religiosam vitam, Potth ist 4061. Ângelo Gloreno raconte Tapprobation, d'une manière plus précise à certains égards : Cum vero Summo Pontifici ea quœ postulabat [Franciscus^ ardua valde et qucai impossibilia viderentur infirmitati hominum sui temporis, exhortabatur eum, quod aliquem ordinem vel regulam de approbatis oisaumeret, at ipse se a Chrûto missum ad talem vitam et non aîiam pontulandam eonbtanter affirmans^ fixas in sua petitione permansit. Tune dominas Johannes de sancto Paalo episcopas Sabinensis et dominus Hugo episeopus Uostiensis Dei spintu nioti assisterunt Sancto Francisco et pro his quœ pet^at coram summo Pontifiee et CardinaUbus plura propoauerant rationabilia et efficaeia vaille. Tribut, Man. de la Laurentienne, f<> 6 a. Cette intervention d'Hugolin n'est mentionnée par aucun autre document. Elle n'a pourtant rien d'impossible. Il était aussi à Rome dans l'été de 1210. (V. Potthast, p. 462.)

4. 1 Gel. 32 et 33 ; 3 Soc. 47 et 48. Cf. An. Fer. : A. SS., p. 590.

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Cependant ce que François demandait était fort simple, il ne réclamait de privilège d'aucune sorte, mais seulement que le pape approuvât son initiative de mener une vie absolument conforme aux préceptes de VEvangile. Il y a là une nuance qu'il n*est pas inutile de bien saisir. Le pape n'avait pas à approuver la Règle, puisque celle-ci émanait de Jésus lui-même : à mettre les choses au pire, tout ce qu'il aurait pu faire, aurait été de frapper François et ses compagnons des censures ecclésiastiques, comme ayant agi sans mission, et de lui enjoindre de laisser au clergé séculier et régulier le soin de réformer l'Église.

Le cardinal Jean de Saint-Paul, auquel Tévèque d'Assise les présenta, avait élé mis au courant des faits et gestes des Pénitents. Il leur prodigua les plus affectueuses marques de son intérêt, allant même jusqu'à se recommander à leurs prières. Mais ces assurances, qui ont toujours été, parait-iU la menue monnaie de la cour de Rome, ne l'empêchèrent pas de les examiner plusieurs jours de suite ^, et de leur poser une infinité de questions qui avaient toujours pour conclusion le conseil d'entrer dans un Ordre déjà existant.

A cela, le pauvre François répondait comme il pouvait, souvent non sans embarras, car il n'aurait pas voulu avoir l'air de ne pas faire cas des conseils du cardinal, et cependant il se sentait au cœur l'impérieux devoir d'obéir à sa vocation. Le prélat revenait alors à la charge, insinuait qu'on aurait bien de la peine à persévérer, que l'enthousiasme du premier moment passerait, et de nouveau indiquait des voies plus faciles. Il

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