Soc
3. 3 Soc 49 ; 1 Gel. 33 ; Bon. 35 et 36. Tout cela a été très arrangé par la tradition et ne nous donne guère qu'un écho de la réalité. Il s'en fallut certainement de bien peu que les Pénitents n'eussent devant Innocent III le sort des Vaudois devant Lucius III. On retrouve des traces de cet accueil dans deux textes qui me semblent trop suspects pour les insérer dans le corps môme du récit; le premier est un fragment de Matthieu Paris : Papa itaque in fratre memorato habitum deformem^ vulium deapicabilein, harbam
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Et après avoir ajouté quelques bonnes paroles, il les congédia sans prendre de résolution définitive, leur promit de consulter les cardinaux, et recommanda à François en particulier de s'adresser à Dieu, afin que lui-même manifestât sa volonté.
L'anxiété de François dut être bien grande; il ne comprenait rien à ces lenteurs, à ces témoignages d'affection qui n'étaient jamais suivis d'une approbation catégorique.
Il lui semblait qu'il avait dit tout ce qu'il avait à dire. Pour trouver de nouveaux arguments il n'avait plus qu'un recours^ la prière.
Il se sentit exaucé en trouvant dans sa conversation avec Jésus la parabole de la Pauvreté, et retourna la proposer au pape :
«Il y avait; dans un désert^ une femme très pauvre, mais belle. Un grand roi voyant sa beauté, désira la prendre pour épouse, parce qu'il pouvait par elle engen-
prolixam, capilloa incultos, supercilia pendentia et nigra dili" genter considerans ; cum petitionem ^us tam arduam et executione impossibilem recitare fecisset, despexit etim et dixit : Vade frater, et quœre porcos, quibus potius dehea quam hominibus cornparari, et involve te cum eia in volutabro, et regulam illia a te commentatam tradens^ officium tuœ prœdicationis impende. Quod audiens Franciscua inclinato capite exivit et porcta tandem inventia, in luto ae cum eia tamdiu involvit, quouaque a planta pedia uaque ad verticem^ corpua auum totum cum ipao habitu polluiaaet. Sicque ad conaiatorium revertena^ Papas ae conapectibua prcaaentavit dicena : Domine feci aicut prœcepiati, exaudi nune cbaecro petitionem meùm, éd. Wats, p. 340. Le trait est d*un tour bien franciscain et doit avoir quelque base historique. Chose cuneiise, il va rejoindre en quelque sorte un passage de la légende de Bonaventure qui est une interpoLUion de la fin du treizième siècle. V. A. SS., p. 591.
drer de beaux enfants. Le mariage contracté et consommé, beaucoup de fils lui naquirent. Lorsqu'ils furent devenus grands, leur mère leur parla ainsi: «Mes enfants, vous n'avez pas à rougir, car vous êtes les ûU du roi ; allez donc à sa cour, et il vous donnera tout ce qui vous sera nécessaire.»
Lorsqu'ils y arrivèrent, le roi admira leur beauté et trouvant eu eux sa ressemblance, il leur dit : « De qui êtesvous les fils?» Et lorsqu'ils eurent répondu qu'ils étaient les fils d'une pauvre femme qui habitait dans le désert, le roi les pressa tout joyeux sur son sein disant: «N'ayez aucune crainte car vous êtes mes fils ; si des étrangers mangent à ma table, à plus forte raison vous qui êtes mes fils légitimes.» Puis le roi fit dire à la femme d'envoyer à sa cour tous les fils qu'elle avait conçus afin qu'ils y fussent nourris.
«Je suis, très Saint-Père, ajouta François, cette pauvre femme que le bon Dieu dans son amour a daigné rendre belle, et dont il lui a plu d'avoir des fils légitimes. Le roi des rois m'a dit qu'il nourrira tous les fils qu'il aura de moi, car s'il nourrit des bâtards, il doit bien nourrir ses fils légitimes ^ »
1. 3 Soc. 50 et 51; Bon. 37; 2 Gel, i, 11 ; Bernard de Bosse Ms. de Turin, f» 101 b. Uberlin de Gasal {Arbor vilœ crueifixœ, Venise 1485, lib. V, cap. 111) fait un curieux récit où il dépeint rindignation des prélats contre François. Quœnam hœc est doctrina nova quam in fers aurihus ïiostrisf Quia potest vivei^e sine temporalium possessionef Numquid tu melior es quam patres nostri qui dedetnint nobis temporalia et in temporalibus abundantes ecclesias possideruntf Suit la belle prière insérée par Wadding dans les œuvres de Frunçois. L'idée maîtresse est la même que dans la parabole de la pauvreté. Ce récit, quoique ne se référant à aucune source, a cependant son importance, puisqu'il nous montre comment en Tan 1300, un homme qui avait eu tous les documents sous les yeux, se représentait les premières démarches de François.
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Taot de simplicité, unie à une si pieuse obstination , convainquit enfin Innocent. Chez Thumble mendiant, il entrevoyait un apôtre et un prophète dont aucun pouvoir ne saurait fermer la bouche. S'il se sentait lui- même le successeur de saint Pierre et le vicaire de Jésus-Christ, il avait vu se dresser devant lui un homme vil et méprisé, qui avec Tautorité de la foi absolue, se proclamait la souche d'une nouvelle lignée de chrétiens bien légitimes.
Les biographes ont cru que par celte parabole François avait voulu surtout tranquilliser le pape sur le sort des Frères; elle aurait été une réponse aux préoccupations du pontife craignant de les voir mourir de faim. Il n'est pas douteux qu'elle n'ait eu à l'origine un sens tout différent. Elle montre que malgré son humilité, François savait parler haut, et que tout son respect pour l'Église ne lempêchait pas de voir et de dire, quand il le fallait, que lui et ses frères étaient les fils légitimes de l'Évangile dont les membres du clergé n'étaient que les exlranei.
Nous retrouvons dans sa vie plusieurs exemples de celte hardiesse indomptable qui désarma Innocent III aussi bien que le futur Grégoire IX.
Dans un consistoire qui avait eu lieu sans doute entre les deux audiences, quelques-uns des cardinaux avaient exprimé l'avis que Tinitiative des Pénitents d'Assise était une nouveauté et que leur genre de vie était bien au-dessus des forces humaines. «Mais, répliqua Jean de Saint-Paul, si on prétend qu'observer la perfection évangélique et en faire vœu est chose nouvelle, irrationnelle ou impossible, n'est-on pas convaincu de blasphème contre le Christ, auteur de l'Évangile ^? »
i. Bon. 36.
Ces paroles avaient yivemeot frappé Innooeat III : il savait mieax que personne qae le grand obstacle à la réforme de l'Église, c'étaient les biens ecclésiastiqaes, et que le succès menaçant de rhérésie albigeoise venait surtout de ce qu'elle prêchait la pauvreté.
Deux ans auparavant, il avait accordé sa faveur à un groupe de Vaudois qui, sous le titre de Pauvres CaiholiqueSf voulaient rester fidèles à l'Eglise^ ; il approuva donc les Pénitents d'Assise^ mais ce fut comme Ta bien remarqué un chroniqueur contemporain, dans Tespérance qu'ils arracheraient à Fhérésie son drapeau^.
Ses hésitations et ses doutes n'étaient cependant pas entièrement dissipés. Il réserva donc l'approbation définitive, mais en prodiguant aux Frères les plus affectueux témoignages de son intérêt. Il les autorisait à continuer leurs missions partout, après avoir obtenu l'agrément des Ordinaires. Il exigeait aussi qu'ils se donnassent un supérieur qui serait responsable, et auquel
1. La tentative^de Durand de Huesca pour créer un ordre mendiant n*a pas encore été étudiée avec exactitude. Chef des Vaudois d*Aragon, il assista en 1207 à la conférence de Pamiers et se décida à rentrer dans TÉgiise. Reçu avec bonté par le pape, il eut d*abord un fort grand succès et dès 12Q9 avait établi des communautés en Aragon, à Garcassonne, Narbonne, Béziers, Nîmes, Uzès, Milan. On retrouve dins ce mouvement tous les linéaments de l'institut de saint Dominique; c'était un ordre de prêtres, où les études théologiques étalent recommandées. Ils disparurent à peu près complètement dans la tourmente de la croisade albigeoise. Innocent III, epiatolœ XI, 196, 497, 198; XII, 47, 66; XIII, 63, 77, 78, M; XV, 82, 83, 90, 91, 92, 93, 94, 96, 437, 446. La première de ces bulles contient la Règle fort curieuse de cet ordre éphémère. Sur sa disparition, V. RipoU, Bullarium Prœdicatorum, ]8 voL in-f% Rome 4729-4740, t. I, p. 96. Cf. Élie Berger, Registres d'Innocent IV, 2752.
2. Burchard, de Tordre des Prémontrés, qui mourut en 1226. Voir ce texte p. 267.
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rautorité ecclésiastique pourrait toujours s'adresser; François fut naturellement choisi^. Ce fait, si humble en apparence» constituait défînitivemeut la famille franciscaine.
Les mystiques que nous avons vu aller de village en village^ ivres d*amour et de liberté, viennent sans y penser d'accepter le joug. Ce joug les préservera de Vémiettement des hérétiques, mais il se Fera durement sentir aux âmes pures qui regarderont la vie des premiers jours comme la seule vraiment conforme à TÉvangile. Lorsque François eut entendu les paroles du souverain pontife, il se prosterna à ses pieds et lui promit de tout son cœur Tobéissance la plus complète. Le pape les bénissant leur dit : cAllez, Frères, que Dieu soit avec vous. Prêchez à tous la pénitence suivant que le Seigneur daignera vous l'inspirer. Puis quand le Tout- Puissant vous aura fait multiplier et progresser, vous nous en référerez, nous vous concéderons ce que vous demandez, et nous pourrons avec plus de sécurité vous accorder encore davantage ^ ».
François et ses compagnons étaient trop peu au courant de la phraséologie romaine pour s'apercevoir qu'en définitive le Saint>-Siège avait uniquement consenti à suspendre son jugement devant la droiture de leurs intentions et la pureté de leur foi ^.