‹ Vie de s. François d'AssiseChapitre 147 sur 257 · V. Angelo aareno, Tribut. God. Laur. 3 b · texte numérisé non relu

V. Angelo aareno, Tribut. God. Laur. 3 b

2. 2 Gel. 3, 97 et 98. Le 97 est dté textuellement par les Conformités, 142 a 1, comme provenant de la Legenda Antiqua, Cf. Spec. 64 b. - 2 Gel. 3, 21. Cf. Conform. 171 a 1 ; Spec. 19 b. Voir surtout Règle de 1221, cap. 7; Règle de 1223, cap. 5; le Testament et 3 Soc, 41. Le passage liceat eis hàbere ferramenta et inatrw nienta suis artibus neceasaria prouve assez que certains frères avalent de véritables métiers.

comme les autres porteurs d*eau. Mais suivant le pays et les occasions, il changeait de métier ; au retour, à Ancône, il se procura du jonc pour faire des paniers qu'il vendait ensuite, non pour de Targent, mais pour sa nourriture. 11 lui arriva même de se charger d'enterrer les morts.

Envoyé à Rome, il faisait chaque matin plusieurs lieues après avoir terminé ses devoirs religieux, pour aller dans une forêt d'où il rapportait un faix de bois. Un jour, au retour, il rencontre une dame qui veut le lui acheter ; ils tombent d'accord sur le prix, et Égide le porte chez elle. Mais voilà qu'à la maison elle s'aperçoit que c'est un religieux et veut lui donner plus que le prix convenu : c< Bonne dame, lui dit-il, je ne veux pas me laisser vaincre par l'avarice, i» et il s'en va sans rien accepter du tout.

Au temps des olives, il aidait à la cueillette; au temps des raisins, il s'offrait comme vendangeur. Un jour, sur la place de Rome, où on recrutait les journaliers, il vit un padrone qui ne parvenait pas à trouver un homme pour abattre ses noix ; Tarbre était si haut que personne n'osait s'y risquer : ce Si tu veux me donner une partie des noix> dit Égide, je les abattrai volontiers, d Le marché fait et les noix abattues, il se trouva qu'il en avait tant qu'il ne savait où les mettre. Il enleva sa tunique, en ht un sac et revint plein de joie à Rome, où il les distribua à tous les pauvres qu'il rencontrait.

Ce trait n'est-il pas charmant, ne révèlet-il pas à lui seul tout ce qu'il y avait de fraîcheur, de jeunesse, de bonté dans l'âme des premiers Franciscains? On n'en finirait pas si on voulait raconter un à un les souvenirs de l'ingéniosité de frère Égide. Tout travail lui était

boo, pourvu qu'il eût assez de temps le matia pour ses devoirs religieux. Le voici au service du cellérier des Quatre-Gourounés à Rome pour tamiser la farine et charrier Teau du couvent qu*il va puiser à San Sisto. Le voilà à Rieti, ou il consent à rester chez le cardinal Nicolas, mais où il apporte à chaque repas le pain gagné, malgré les instances du maître du logis qui aurait bien voulu le nourrir. Un jour il plut tellement que frère Égide ne pouvait songer à sortir; le cardinal s'égayait déjà à Tidée de l'obliger d'accepter son pain, mais Égide alla à la cuisine, la trouva sale, et ayant persuadé au cuisinier de la lui faire balayer, revint triomphant avec le pain gagné, pour le manger à la table du cardinal ^.

La vie d'Égide s'imposa dès Tabord; elle était à la fois si originale, si gaie, si spirituelle 2, et si mystique, que même dans les recueils les moins exacts et les plus amplifiés, sa légende est restée presque pure de toute addition. Il est après saint François, la plus belle incarnation de l'esprit franciscain.

Les traits qui viennent d*être cités sont tous comme des illustrations de la Règle : rien de plus explicite en effet que ses préceptes sur le travail.

Les frères, après leur entrée dans l'Ordre, devaient continuer à exercer le métier qu'ils avaient dans le monde, et s'ils n'en avaient point, en apprendre un.

4. A. SS. Aprilis, t. III, p. 220—248; Fior. vita d'Egidio; Speo. 158 88 ; Conform, 53—60.

2. On en trouvera d'autres exemples plus loin ; qu'il suffise de rappeler ici sa boutade: cLa glorieuse Vierge Mère de Dieu a eu pour parents des pécheurs et des pécheresses, elle n'entra jamais dans aucun ordre religieux, et pourtant elle est ce qu'elle est! » A. SS. loc. cit. p. 234.

Gomme paiement, ils n'acceptaient que la nourriture qui leur était nécessaire, mais dans le cas où elle était insuffisante, ils pouvaient mendier. De plus il leur était naturellement permis de posséder les outils nécessaires à leur métier^: frère Junipère, dont nous ferons connaissance plus loin, avait une alêne et gagnait sa vie là où il passait, en raccommodant les chaussures; et nous verrons sainte Claire travailler jusque sur son lit de mort.

Cette obligation du travail des mains méritait d*autant plus d*étre mise en lumière, qu'elle ne devait guère survivre à saint François, et qu'elle donne à la première génération de TOrdre une partie de son originalité.

La vraie raison d'être des Frères Mineurs n'était pourtant pas là. Leur mission consistait surtout à être des époux de la Pauvreté.

Effrayé par les désordres ecclésiastiques, hanté des tristes souvenirs de sa vie passée, François voyait dans l'argent l'instrument diaboliquQ par excellence: à force de s'exalter, il en arrivait à l'exécrer, comme s'il y avait eu dans le métal lui-même une sorte de pouvoir magique et de malédiction cachée. L'argent fut vraiment pour lui le sacrement du mal.

Ce n'est pas ici le lieu de rechercher s'il avait tort: de graves auteurs ont longuement démontré les troubles économiques qu'il aurait déchaînés sur le monde^ si on

1. Le passage du Testament /îrmt^^rvo^ quod omnes laborent..* a une importance capitale, puisqu'il nous montre François renouvelant de la façon la plus solennelle les injonctions déjà faites dès l'origine de FOrdre. Cf. 1 Gel. 38 et 39; Conform 219 b 1: Juvabant Fratres pauperes homines in agris eorum et ipsi dabant postea eia de pane amore Dei* Spec, 34; 69. V. aussi Archiv, t. II, p. 272 et 299; Eccleston 1 et 15; 2 Gel. 1, 12.

l'avait suivi. Hélas, sa folie» si folie il y a, est de celles dont la contagion n'est guère refdoutable.

Il sentait que la Règle à cet égard ne saurait être trop précise et que si, par malheur, on ouvrait la porte aux interprétations, on ne pourrait plus s'arrêter. La suite des événements et les convulsions périodiques qui ont travaillé son Ordre montrent assez combien il avait raison.

J'ignore et veux ignorer si les théologiens sont arrivés à une conclusion scientifique sur la pauvreté de Jésus^ mais il me paraît évident que la pauvreté avec le travail des mains est vraiment le but idéal marqué par le 6aliléen aux efforts de ses disciples.

Au reste, la pauvreté franciscaine ne se confond, — on a dû s'en apercevoir — ni avec l'orgueil insensible du stoïcien, ni avec l'horreur stupide de certains dévots pour toutes les joies : saint François ne renonçait à tout que pour mieux posséder tout. Il y a dans la vie de l'immense majorité de nos contemporains l'erreur fatale que plus on possède, plus on jouit. Nos libertés extérieures, civiles, augmentent sans cesse; mais du même pas, nos libertés intérieures s'en vont ; combien n*y en a-t-il pas qui sont à la lettre possédés de ce qu'ils possèdent * ?

La pauvreté ne permit pas seulement aux frères de se mêler aux pauvres et de leur parler avec autorité, mais leur enlevant tout souci matériel, elle les laissa jouir sans entraves de ces trésors cachés que la nature réserve aux purs idéalistes.

1. Nihil voUbat proprietatis habere ui omnia plenitis posset in Domino posaidere. B. de Besse, 102 a.

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La muraille toujours plus épaisse que la vie moderne, avec sa recherche maladive du confort inutile, établit entre nous et la nature, n*existait pas pour ces hommes pleins de jeunesse et de vie, avides d'espace et de grand air. C'est de là qu'est venu à saint François et à ses compagnons ce sentiment si vif de la nature qui les faisait vibrer mystérieusement avec elle. Cette communion était si intime, si ardente, que l'Ombrie avec la poésie harmonieuse de ses horizons, l'éclosion joyeuse de son printemps, est encore le meilleur document à étudier sur eux. Le lien est si indissoluble, qu'après avoir vécu un certain temps en compagnie de saint François, on ne peut s'empêcher, à la lecture de certains passages de ses biographies, de voir l'endroit où le trait s'est passé, d'entendre le bruit confus des êtres et des choses à ce moment, absolument comme en lisant certaines pages d'un auteur aimé, on entend le son de sa voix.

Le culte des premiers Franciscains pour la pauvreté n'eut donc rien d'ascétique ni de farouche; rien qui rappelle les stylites ou les nazirs ; elle fut pour eux une fiancée, et en vrais amants, ils ne sentaient pas les fatigues qu'ils enduraient pour aller la trouver ou rester auprès d'elle,

La lor concordia e'ior lieti sembianti, Amor e maraviglia e dolce sguardo Facean esser cagion de' pensier santî^.

Tracer le portrait d'un chevalier idéal au commencement du XIIP siècle, c'est tracer le portrait même de

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