Dante, Paradis, chant XI, vers
François avec cette différence que, ce que les autres faisaient pour leur Dame, lui le faisait pour la Pauvreté. Ce rapprochement n'est pas UD simple caprice; il Ta luimême profondément senti et exprimé avec une clarté parfaite, et c'est seulement en Tayant toujours présent à la pensée qu'où peut comprendre le fond même de son cœur.
Il faut descendre jusqu'à Jean de Parme et Jacopone de Todi pour retrouver des âmes de même nature. On a écrit une vie de saint François comme troubadour, on aurait pu l'écrire encore mieux comme chevalier, car c'est l'explication de toute sa vie et comme le cœur de son cœur. Depuis le jour où oublieux des chants de ses amis et arrêté dans un carrefour d'Assise, il vit apparaître sa tiancée> la Pauvreté, et lui jura foi et amour, jusqu'à cette soirée où il exhala sa vie, nu sur la terre nue de la Portioncule, on peut dire que toutes ses pensées allèrent à la dame de ses chastes amours. Durant vingt ans, il la servit sans défaillance, parfois avec des naïvetés qui paraîtraient enfantines, si ^e ne sais quoi d'infiniment sincère et sublime n'arrêtait le sourire sur les lèvres des plus sceptiques ^. ^
La Pauvreté convenait merveilleusement à ce besoin qu'avaient alors les hommes, et que peut-être ils ont perdu moins qu'on ne pense, d'avoir un idéal très haut, très pur, mystérieux, inaccessible, et pourtant de se le représenter sous une forme concrète. Parfois quelques disciples privilégiés virent la belle et pure Dame
1. Amator foetus... castis eamstringit amplexibus nec ad horam patitur non esse marxtus. 2 Gel. 3, 1 ; Cf. 4 Gel. 35; 51 ; 75; 2 Gel. 3, 128; 3 Soc. 15; 22; 33; 35; 50; Bon. 87; Fior. 13.
descendre du ciel pour saluer son époux, mais yisible ou non, elle se tint toujours aux côtés de soq ainaat de rOmbrie, comme elle s'était tenue à côté du GaliléeD, dans retable de la nativité, sur le gibet de Golgolha, et jusque dans le tombeau d'emprunt où reposa son corps.
Pendant quelques années, cet idéal ne fut pas seulement celui de saint François, mais aussi celui de tous les Frères. Dans la pauvreté la gente poverella avait trouvé la sécurité, l'amour, la liberté, et tous les efforts des nouveaux apôtres avaient pour but la conservation de ce précieux trésor.
Leur culte allait parfois un peu loin. Ils avaient pour leur épouse ces recherches, ces subtilités si fréquentes à l'aurore des fiançailles, mais qu'on oublie peu à peu et qui deviennent incompréhensibles ^.
Cependant le nombre des disciples augmentait toujours, et presque chaque semaine amenait de nouvelles recrues: l'année 1211 fut sans doute consacrée par François à une tournée en Ombrie et dans les provinces voisines.
Ses prédications étaient de courts appels à la conscience ; son cœur se donnait k ses auditeurs en d'indicibles accents, si bien que quand on voulait répéter ce qu'on avait entendu, on en était incapable '. La Règle de 1221 nous a conservé un résumé de ces appels :
1. Bon. 93. — Prohibuit fratrem qui faciehat coquinam nepc neret legumina de sero in aqua calida quœ d^ébat dare fratrihus ad manduoandum die sequenii ut observavcrint illud verhum Evangelii : Nolite solliciti esse de erastino* Spec, 15.