‹ Vie de s. François d'AssiseChapitre 151 sur 257 · Soc. 56; 2 Gel. 1, 13; Bon · texte numérisé non relu

Soc. 56; 2 Gel. 1, 13; Bon

2. Bon. 30; 3 Soc. 30 ; 31 ; 2 Gel. 3, 52. Gf. Fior, 2. Le dragon de ce songe symbolise peut-être Thérésie.

3. Bon. 83; 172; Fior. 1, 16; Conform. 49 a 1 et 110 b 1 ; 2 Cei. 3,51.

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sait pas exactement Tépoque de son entrée dans l'Ordre, mais on n'est probablement pas loin de la vérité en la plaçant vers 1211. D'une naïveté charmante, tendre, affectueux, délicat, il est avec frère Élie^ celui qui a eu le plus grand rôle dans ces années obscures où le mouvement réformateur s'élaborait.

Devenu confesseur et secrétaire de François, traité par lui comme son fils de prédilection, il excita bien des susceptibilités et fut jusqu'à la fin de sa longue vie le chef de l'étroite observance ^•

«Un jour d'hiver, saint François allait de Pérouse à Notre-Dame des Anges avec frère Léon, et le froid qui était très vif les faisait grelotter ; il appela frère Léoii qui marchait un peu en avant et lui dit : « 0 frère Léon, plaise à Dieu que les Frères Mineurs par toute la terre donnent un grand exemple de sainteté et d'édification ; écris cependant et note avec soin que ce n'est pas là, la joie parfaite.»

Saint François allant un peu plus loin, l'appela pour la seconde fois : «0 frère Léon, si les Frères Mineurs rendaient la vue aux aveugles, guérissaient les infirmes, chassaient les démons, rendaient l'ouïe aux sourds, faisaient marcher les boiteux et parler les muets, ou même ce qui est bien plus, s'ils ressuscitaient des morts de quatre jours, écris que ce ne serait pas là, la joie parfaite.»

Et allant un peu plus loin, il lui cria : «0 frère Léon, si le Frère Mineur savait toutes les langues, toutes les sciences et les écritures, s'il savait prophétiser et révéler non seulement les choses futures, mais même les secrets

1. Bernard dé Basse, De laudihus^ Ms. de Turin, f» 102 b et 96 a. Il mourut le 45 nov. 1271. A. SS. Augusti, t. II, p. 221.

doB consciences et des fimes, écris qu'en cela ne consiste pas la joie parfaite.»

Allant un peu plus loin, saint François l'appela encore : € 0 frère Léoui petite brebis de Dieu, si le Frère Mineur savait parler la langue des anges, s'il connaissait le cours des astres et les vertus des plantes ; si tous les trésors de la terre lui étaient révélés et qu'il connût les vertus des oiseaux, des poissons et de tous les animaux, celles des hommes, des arbres, des pierres, des racines et des eaux, écris que ce n'est pas là, la joie parfaite.»

Et avançant encore un peu, saint François l'appela avec force : « O frère Léon, si le Frère Mineur savait si bien prêcher qu'il convertît tous les infidèles à la foi du Christ, écris que ce n'est pas là, la joie par&ite.»

En parlant ainsi ils avaient déjà fait plus de deux milles et frère Léon plein d'étonnement lui dit: cPère, je vous prie de la part de Dieu de me dire en quoi consiste la joie parfaite, t

Et saint François lui répondit : c Quand nous serons à Notre-Dame des Anges, trempés par la pluie, gelés par le froid, couverts de boue, mourant de faim, nous frapperons, et le portier viendra tout en colère et dira : Qui êtes-vous? — et nous répondrons : Nous sommes deux de vos frères. — Vous mentez, dira-t-il, vous êtes deux ribauds qui allez séduisant le monde et volant l'aumône des pauvres gens. Partez d'ici 1 et il ne nous ouvrira pas, mais nous laissera dehors grelottants dans la neige et dans l'eau, glacés, affamés, jusqu'à la nuit.

Alors, si ainsi maltraités et renvoyés nous supportons tout patiemment sans murmurer contre lui, si nous pensons avec humilité et charité que ce portier véritablement nous connaît, et que Dieu le fait ainsi parler contre nous, ô frère Léon, écris que c'est là la joie parfaite.... Au-dessus de toutes les grâces et de tous les

dons que le Saint-Esprit concède à ses amis, est la grâce de se vaincre soi-même et de souffrir volontiers pour l'amour du Christ les peines^ les injures, les opprobres et les mauvais traitements ^»

Quoique, par son tour gracile et quelque peu mièvre, ce récit rappelle les sveltes statues du quatorzième siècle, il est devenu célèbre à juste titre : l'inspiration en est bien franciscaine ; cet idéalisme transcendant, qui fait de perfection et joie, deux termes équivalents, et montre cette joie parfaite dans la pure et sereine région du perfectionnement de soi-même; cette sublime simplicité qui remet si bien à leur vraie place le thaumaturge et le savant, tout cela n'était peut-être pas absolument nouveau^ ; mais ^int François a dû avoir une singulière force morale pour imposer ainsi à ses contemporains des idées qui étaient en contradiction si absolue avec leurs habitudes et leurs aspirations, car l'aristocratie intellectuelle du treizième siècle tout entière a mis la joie parfaite dans la science, pendant que le peuple la mettait dans les miracles.

Sans doute il ne faut pas oublier les grandes familles mystiques qui, à travers le moyen âge, ont été le refuge des plus belles âmes, mais elles n'ont jamais eu cette belle simplicité. L'École est toujours plus ou moins le portique de ce mysticisme; il n'est possible qu'à une élite de raffinés ; une paysanne pieuse ne comprend guère l'Imitation.

On pourrait dire que toute la philosophie de saint

1. Fier. 8; Spec. 89 b ss. ; Conform. 30 b 2 et 140 a 2. % Je n'ai pas besoin de noter l'analogie de forme entre ce chapitre et le célèbre chant de saint Paul sur Tamour. 1 Cor. XIII.

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François est contenue dans ce chapitre des Fioretti ^. Il nous fait prévoir quelle sera son attitude vis-à-vis de la science et nous aide à comprendre comment ce saint fameuK a été un si pauvre thaumaturge.

Douze siècles auparavant, Jésus avait dit : <e Beureux les pauvres en esprit — Heureux ceux qui souffrent d Les paroles de saint François n*en sont que le commentaire, mais ce commentaire est digne du texte.

Il reste à dire un mot de deux disciples toujours étroitement unis à frère Léon dans les souvenirs franciscains, RuGn et Masseo.

Né d'une famille noble apparentée à celle de sainte Claire, le premier fut bientôt remarqué dans TOrdre comme visionnaire et extatique, mais il était d'une grande timidité qui l'arrêtait dès qu'il voulait prêcher: aussi le trouve-t-on toujours dans les ermitages les plus isolés, aux Carceri, à TAlverne, à Greccio 2.

Masseo, de Marignano, petit village de la banlieue d'Assise, était l'extrême opposé: beau, bien fait, spirituel, il attirait les regards par sa belle prestance et avait une grande facilité de parole ; aussi occupe-t-il une place à part dans la tradition franciscaine populaire. Il la mérite : saint François, pour éprouver son humilité, en fit le portier et le cuisinier de l'ermitage ^ mais dans ces fonctions Masseo sut se montrer si parfait

1. On retrouve les mêmes idées, avec des termes presque semblables dans le cap. Y des Verba sacrœ admonitionis.

2. Il est le second des Trois Ck>mpagnons, 3 Soc. 1 ; Cf. 1 Gel 9^; Fior. 1 ; 29; 30; 31 ; Eccleston 13; Spec. 110 a— 114 b; Conformai h ss.; Cf. 2 Gel. 2, 4.

3. Très probablement celui des Garceri» quoique le nom ne soit pas indiqué. V. 3 Soc. 1 ; Fior. 4; 10; 11; 12; 13; 16; 27; 32; Conform. 51 b 1 ss. ; Trihul. Archiv, t. II, p. 263.

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3îineur que dès lors le Maître aimait particulièrement à l'avoir pour compagoon dans ses courses missionaaires. Un jour, ils étaient ensemble en route , lorsqu'ils arrivèrent à un carrefour où se croisaient des chemins pour Sienne, Arezzo et Florence.

— Lequel prendrons-nous? dit Masseo.

— Celui que Dieu voudra.

— Mais comment saurons-nous celui que Dieu voudra ?

— Tu vas le voir. Va te placer à la croisée des routes, mets-toi à tourner comme font les enfants et ne t'arrête que lorsque je te le dirai. 2>

Frère Masseo se mit à tourner; pris de vertige, il se laissait tomber, mais se relevait aussitôt. Enfin François lui cria : a Arrête ! De quel côté es-tu tourné?

— Vers Sienne.

— Et bien, Dieu veut que nous allions k Sienne*. » Ce ncioyen de se déterminer, n'est sans doute pas

d'un usage journalier dans la vie, mais François en emploiera d'autres encore, analogues sinon pour la forme, du moins pour le fond.

Jusqu'ici nous avons vu les frères réunis dans leurs ermitages, ou-courant les routes pour prêcher la repente nce.

Ce serait cependant une erreur de se figurer toute leur existence ainsi. Il faut absolument^ pour comprendre les premiers Franciscains, oublier ce qu'ils ont pu être depuis lors, et ce que sont des moines en général : si la Portioncule était un monastère, elle était aussi un atelier où chaque frère continuait le métier qu'il faisait

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