‹ Vie de s. François d'AssiseChapitre 156 sur 257 · Voir page 92, note · texte numérisé non relu

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tuelles^. C'est dans ce saucluaire réparé de ses propres maiDS, au pied du crucifix qui lui avait parlé, que Claire devait désormais venir prier. C'était la maison de Dieu ; c'était aussi beaucoup celle de François. En Tranchissant le seuil, Claire éprouva sans doute ce sentiment si doux et si poignant de la femme qui entre pour la première fois dans la demeure conjugale, et tremble d'émotion à la pensée de l'avenir radieux et confus.

Si Ton veut ne pas se méprendre tout à fait sur ces commencements, il faut se rappeler avec quelle rapidité les influences du dehors transformèrent la conceptioa initiale de saint François.

A ce moment il ne visait pas plus à fonder un second ordre qu'il n'avait voulu en fonder un premier. En arrachant Claire à ses parents, il avait simplement agi en vrai chevalier qui délivre une femme opprimée, et la prend sous sa protection. En l'installant à Saint-Damien, il préparait un refuge pour celles qui voudraient l'imiter, et pratiquer en dehors du monde la Règle évangélique. Mais celte perfection dont lui et ses disciples étaient les apôtres et les missionnaires, que Claire et ses compagnes devaient réaliser dans le célibat, il ne doutait pas qu'elle ne fût praticable aussi dans toutes les positions sociales; de là ce qu'on a appelé à tort le Tiers Ordre ou le troisième ordre, et qui dans sa pensée primitive n'était pas séparé du premier. Ce Tiers Ordre n a pas eu besoin d'être institué en 1221, car il a existé du moment où une seule conscience a voulu pratiquer ses enseignements, sans pouvoir cependant le suivre à la

i. 1 Gel. 18 ; 21 ; 3 Soc. 24; 2 Gel. 1, 8.

PortioDCuIe ^. L^enoemi de rame, pour lui comme pour Jésus, c*est Ta varice entendue dans sou sens le plus large, c est-à-dire cet aveuglement qui entraîne Thomme à consacrer son cœur à des préoccupations matérielles, en fait Tesclave de quelques pièces d*or ou de quelques arpents de terre, le rend insensible aux beautés de la nature, et le prive des joies infinies que savourent seuls les disciples de la pauvreté et de Tamour.

Quiconque était libre intérieurement de toute servitude matérielle, quiconque était décidé à vivre sans thésauriser, tout riche qui voulait travailler de ses mains et distribuer loyalement tout ce qu*il n*aurait pas consommé, pour constituer ainsi le capital commun que saint François appelait la table du Seigneur^ tout pauvre qui voulait travailler, quitte à recourir dans la stricte mesure de ses besoins à cette table du Seigneur, étaient alors de vrais Franciscains.

C'était toute une révolution sociale.

Il n*y avait donc ni un, ni plusieurs ordres ^ : TÉvangile des béatitudes était retrouvé, et comme douze siècles auparavant, il pouvait se plier à toutes les situations.

1. An. Perus. A. SS. p. 600. Cf. 3, Soc. 60. Les trois Ordres sont contemporains; on devrait même dire les quatre, en y comprenant celui qui échoua parmi les prêtres séculiers. V. ci-après.

Dans une lettre, sainte Glaire parle de son Ordre comme ne faisant qu'un avec celui des frères: Sequaria consilia Reverendi Patris nostri fratris Eliœ Minùtri generalis totitu ordinis, A. SS. Martii, t. I, p. 507.

2. Ce point de vue est mis en relief par un trait du De laudibus de Bernard de Besse (manuscrit de Turin, 113 a). Voici comment il termine le chap. VII. sur les trois ordres : Née Sanetus his contentus ordinibus êatagebat omnium generi salutie et penitentta viam dare, Unde parochiali cuidam scicerdoti dicenti 9ibi quoà vellet «utt«, retenta tamen ecclesiat Frater esse, dato vivendi et induendi modOy dicitur indixisse ut annuatim, coUectis Ecelesiœ fruetibuB daret pro Deo, quod de prœteritis êuperesset.

Hélas ! rÉglise personniQée par le cardinal Hugolin devait sinon faire avorter le mouvement franciscain, du moins Tendiguer si bien que quelques années plustard, il avait perdu à peu près tous ses caractères originaux.

Gomme on Ta vu, le mot de pauvreté n'exprime qu< très imparfaitement le point de vue de saint François, puisqu'il contient une idée de renoncement, d'a6^^tnencCf tandis que dans sa pensée le vœu de pauvreté est un vœu de liberté. La propriété, c'est la cage aux barreaux dorés, à laquelle de pauvres alouettes sont parfois si bien habituées qu'elles ne songent plus même à s'en échapper pour s'élancer en plein azur^.

Saint-Damien fut, à l'origine, l'extrême opposé de ce qu*est maintenant un monastère de Clarisses de la stricte observance; il est encore aujourd'hui à peu près tel que le vit François. Il faut savoir gré aux Frères Mineurs d'avoir conservé intact ce vénérable et délicieux ermitage, et de ne pas l'avoir gâté par de stupides embellissements. Ce petit coin de terre ombrienne sera, pour nos descendants, comme ce puits de Jacob où Jésus s'assit un instant, un des parvis préférés du culte en esprit et en vérité.

En y installant Glaire, François lui remit la règle qu'il lui avait préparée ^, sans aucun doute semblable

i . Voir le joli récit des Fior. 13 ; Cf. Spec. 65 a ; Conform, 168 b 1 .

2. Le texte en a été sûrement inséré jadis dans le chapitre VI de h Règle octroyée aux Clarisses de Saint-Damien, le 9 août 1253, par la bulle Solet annuere. Potthast 15086. Mais ce chapitre a été complètement bouleversé dans beaucoup d'éditions. Il faut lire le texte du Spéculum Morin, Rouen 1509. Tract. III, 226 b. L'étude critique à faire sur ce texte en le rapprochant des indications données par la bulle Angelis gaudium du 11 mai 1238. Sbaralea I , p. 242, est trop longue pour trouver place ici.

à celle des Frères, sauf pour les préceptes coDcernaDt la vie missionnaire. Il raccompagna de rengagement ^ pris par lui et ses frères, de subvenir par le travail ou l'aumône à tous les besoins de Claire et de ses futures compagnes. En retour, elles devaieut travailler, elles aussi, et rendre à leurs frères tous les services dont elles seraient capables. On a vu le zèle que François mettait à ce que les églises fussent dignes du culte qui s'y célèbre; il ne pouvait pas souffrir que les linges sacrés fussent malpropres. Claire se mit à filer, pour confectionner des nappes d'autel et des corporauK que les frères se chargeaient de distribuer aux églises pauvres de la contrée^. Enfin pendant les premières années, elle soigna aussi les malades que François lui envoyait, et Saint-Damien fut pour quelque temps une sorte d'hôpital ^.

Un ou deux frères, qu'on appela zélateurs des Pauvres Darnes^ furent spécialement chargés du soin des sœurs, et se firent des huttes à côté de la chapelle, sur le modèle de celles de la Portioncule. François, lui aussi, était bien près: une sorte de terrasse de quatre pas de long domine TermilagC] Claire s'arrangea là un minuscule jardinet, et quand, au crépuscule, elle venait arroser ses fleurs, elle voyait, à peine à une demi-lieue, la Portioncule tout auréolée des feux du couchant.

Pendant plusieurs années, les relations entre les deux maisons furent continuelles, pleines de charme et de

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