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liberté. Les compagaons de François, qui recevaient des frères, recevaient aussi des sœurs, et revenaient parfois de leurs courses missionnaires avec une néophyte pour Saint-Damien ^.
Mais une telle situation ne pouvait se prolonger. L'intimité de François et de Claire, la familiarité des premiers frères et des premières sœurs, ne pouvaient servir de modèle aux relations des deux Ordres, lorsqu'ils auraient chacun des centaines de membres.
François lui-môme s*en aperçut bientôt, beaucoup
1. Y. Règle de 1^*21, chip. XII. Et nulla penitus mulier ab aliquo fratre recipiatur ad ohedientiam, aed dato sibi consilio spirituali, ubi voluerit agat penitentiam. Cf. ci-après p. 288, note i, le restant de ce chapitre et l'indication des sources. Ceci prouve: 1<* que les frères avaient reçu des femmes dans l'Ordre; 2<> qu*à Torigine, on avait dit l'Ordre au singulier, et que sous cette appellation on comprenait aussi bien les sœurs que les frères. — On voit combien, même à la un de 1221, la situation était loin d'être ce qu'elle devint peu d'années après. Il est à noter que, dans toutes les sectes réformatrices du commencement du treizième siècle, les deux sexes sont étroitement unis (V. Burchardi chronicorij Pertz, t. 23, p. 376. Cf. Potthist 26H, bulle Cum olim, du 25 nov. 1205>
Le 7 juin 1201 (bulle Incumbit nobis), Innocent III avait approuvé la règle des Humiliés. C'étiit une association religieuse dont les membres continuaient à vivre dans leurs m jsons, et qui présente des points de contact surprenants avec l'Ordre des Franciscains, mais ils ne faisaient pas vœu de p xuvreté. De leur sein était sorti une association plus restreinte qui fonda des couvents, où on travaillait la laine ; or ces couvents recevaient des hommes et des femmes: Y. Jacques de Vitry Hist, Occidentalis, cap. 28. De religione et régula Humiliatorum (éd. Douai 1597, p. 334- 337). Le moment vint, où de ces deux ordres en sortit un troisième composé uniquement de prêtres. Ces Humiliati sont trop peu connus, quoiqu'ils aient eu un historien dont l'ouvrage est un des beaux travaux du dix-huitième siècle : Tiraboschi. Vetera Humiliatarum monumenta (Milm, 3 vol. in-4<» 1766-1768). Vers 1200, ils avaient accaparé Varte délia lana dans toute la haute Italie jusqu'à Florence; il est donc évident que le père de François a dû être en relations avec eux.
moins pourtant que son amie. Celle-ci lui survécut près de vingt-sept ans et eut ainsi le temps de voir chez les Frères le naufrage de l'idéal franciscaia, aussi bien que dans la presque totalité des maisons qui av^aient
x^ d'abord suivi la Règle de Saint-Damien. Elle fut amenée eUe-mème, par la force des choses, à réglementer son
' monastère, mais jusque sur son lit de mort elle lutta pour la défense des vraies idées franciscaines, avec un héroïsme, avec une audace à la fois violente et sainte, qui la mettent au premier rang des témoins de la conscience.
N*est^ce pas un des plus beaux tableaux de l'histoire religieuse, que celui de cette femme qui, pendant plus d*un quart de siècle, soutient contre les papes qui se succèdent sur le trône pontifical, une lutte de tous les instants ; qui demeure également respectueuse et inébranlable, et ne consent à mourir qu'après avoir remporté la victoire^?
Raconter sa vie, c'est raconter cette lutte dont la plupart des péripéties se retrouvent dans les documents de la curie romaine. En demandant Tapprobation de l'Église, François avait évité bien des dangers à son institut, mais il s'était donné des tuteurs peu disposés à transiger sur leurs droits: le cardinal Hugolin en particulier, le futur Grégoire IX, a eu un rôle qu'il est bien difficile de comprendre. On le voit sans cesse occupé à prodiguer à François et à Glaire des témoignages d'amitié et d'admiration qui ont l'air absolument sincères; et cependant l'idéal franciscain —
1. La buUe approuvant la Règle de Saint-Damien est du 9 août 1253. Glaire mourut le surlendemain.
envisagé comme étant la vie de l'amour, à laquelle on arrive en s*affranchissant de toutes le^ servitudes matérielles — n'a guère eu de pire adversaire que lui.
Au mois de mai J228, Grégoire IX vint à Assise pour les préliminaires de la canooisation de saint François. Avant d'eatrer dans la ville , il fit un léger détour pour aller à Saint-Damien, voir Glaire qu'il connaissait depuis longtemps, et à laquelle il avait adressé des lettres brûlantes d'admiration et de paternelle affection ^.
Gomment comprendre qu'ainsi, à la veille de la canonisation (16 juillet 1228), le pontife ait eu l'idée de la pousser à être infidèle à ses vœux ?
Il lui représenta que la difiiculté des temps rendait la vie impossible à des femmes ne possédant rien, et lui offrit des propriétés. Gomme Glaire le regardait | bien étonnée de cette étrange proposition : ce Si ce sont vos vœux qui vous arrêtent, dit-il, nous vous en délierons. 2> \
— c Saint- Père, répondit alors la Franciscaine, absolvez-moi de mes péchés, mais je n'ai aucun désir d'être dispensée de suivre le Ghrist ^. ^
Belle et sainte parole, cri naïf d'indépendance oiï la conscience proclame fièrement son autonomie, et où se peint tout entière la fille spirituelle du Poverello.
Par une de ces intuitions, comme en ont souvent les femmes très enthousiastes et très pures, elle avait pénétré jusqu'au fond du cœur de François, et s'était sentie embrasée de la même passion que lui ; elle lui