‹ Vie de s. François d'AssiseChapitre 167 sur 257 · Gel. 56 ; Bon · texte numérisé non relu

Gel. 56 ; Bon

foDdemeDt, de même que celles qui concernent le passage de saint François à travers le Languedoc et le Piémont, mais dans l'état actuel des sources, il est impossible de faire un triage ayant quelque autorité, entre le fond historique et des excroissances sans valeur.

La mission en Espagne eut sans doute lieu entre la Pentecôte de i21& et celle de 1215^; François avait, je pense^ passé Tannée précédente ^ en Italie. Peut-être alla-t-il alors voir l'Alverne. La Marche d'Ancône et la vallée de Rieti ont dû également 1 attirer vers cette époque ; enfin Taccroissement des deux branches de rOrdre devait rendre sa présence nécessaire à la Portioncule et à Saint-Damien.

La rapidité et l'importance de ces missions n'ont rien qui doive surprendre, ni faire naître des scrupules critiques exagérés. On devenait en quelques heures membre de la fraternité, et il ne faut pas mettre en doute la sincérité de ces vocations, puisqu'elles avaient pour condition l'abandon immédiat, au profit des pauvres, de toute propriété quelconque. A peine reçus, ces nouveaux frères en recevaient d'autres à leur tour, et souvent devenaient, dans la localité même où ils se trouvaient, les chefs du mouvement. La façon dont

1. V. Wadding, ann, i213-1215 Cf. A. SS. p. 602 et 603, 825^1. Marc de Lisbonne, lib, î, cap. 45, p. 78-80; Pâpini, Storia di S, Franceseo, l, p. 79 ss. (Foligno, 1825, 2 vol. in-4«). On s'étonne de voir le P. Suysken appuyer si lourdement sur Vargumentum a silentio .

2. De la Pentecôte de 1213 à celle de 1214. — Post non multum vero temporis versus Marochium iter arripuit, dit Thomas de Gelano (1 Gel. 56) après avoir mentionné le retour d'Esclavonie. En tenant compte de Vusus loquendi de l'auteur, cette phrase paraît établir un certain temps d'arrêt entre les deux missions.

nous voyons les choses se passer en 1221 en Allemagne, et en 122& en Angleterre, nous donne un très vivant tableau de cette germination spirituelle.

Pour qu'un monastère fût fondé, il suffisait que deux ou trois frères eussent à leur disposition un abri quelconque d'où ils rayonnaient dans la ville et les campagnes voisines.

Il serait donc également exagéré de faire de saint François un homme qui passe sa vie à fonder des couvents, et de nier en bloc les traditions locales qui lui attribuent l'érection d'une centaine de monastères. Dans bien des cas, il suffit d'un simple coup d'œil pour savoir si ces prétentions d'antiquité sont justifiées : avant 1220, l'Ordre n'eut que des ermitages, dans le genre de l'Alverne ou des Garc^ri, et uniquement destinés aux frères qui allaient passer quelque temps dans la retraite.

Revenu à Assise, François admit dans l'Ordre un certain nombre d'hommes instruits, parmi lesquels était peut-être Thomas de Celano. Celui-ci dit en effet que le bon Dieu voulut bien alors se souvenir de lui, et il ajoute plus loin, avec une satisfaction naïve qui semble se trahir : a Le bienheureux François était d'une exquise noblesse de cœur et plein de discernement, aussi rendaitil avec le plus grand soin à chacun ce qui lui était dû, considérant avec sagesse chez tous le degré de leurs dignités, to

Ceci ne s'accorde pas très bien avec le caractère que nous avons esquissé de François ; on ne se le figure pas conservant dans l'Ordre les distinctions si profondes qu'on faisait alors entre les divers rangs sociaux, mais il avait cette politesse vraie et éternelle, qui a ses racines dans le cœur, et qui n'est qu'une forme du tact et de

Tamour. Il ne pouvait en être autrement chez un homme qui voyait dans la courtoisie une des qualités de Dieu.

Nous touchons à Tune des périodes les plus obscures de sa vie. II semble avoir passé après le chapitre de 1215 par une de ces crises de découragement si fréquentes chez ceux qui veulent réaliser Tidéal dès ici-bas. Avait-il découvert les signes avant-coureurs des épreuves réservées à sa famille? Âvait-il compris que 1^ nécessités de la vie allaient ternir et déflorer son rêve ? Avaitil vu dans Téchec de ses missions en Syrie et au Maroc une indication providentielle d avoir à changer de voie? Nous ne savons. Mais vers ce temps il eut besoin de s'adresser à sainte Glaire et à frère Sylvestre, pour leur demander conseil au sujet des doutes et des hésitations qui l'assaillaient; leur réponse lui rendit la paix et la joie : Dieu par leur bouche lui ordonnait de continuer son apostolat^.

Il se leva aussitôt et partit dans la direction de Bevagna^, avec une ardeur qu'on ne lui avait jamais vue. En l'invitant à perse vérer. Glaire lui avait en quelque sorte inoculé un enthousiasme nouveau. Une parole d'elle avait suffi pour lui rendre toute sa vaillance, et l'on trouve, dès ce moment dans sa vie, encore plus de poésie et d'amour qu'auparavant.

Il marchait plein de joie, lorsqu 'apercevant des bandes d'oiseaux, il s'écarta un peu de la route pour aller au milieu d'eux. Bien loin de prendre la fuite ils s'empressèrent autour de lui, comme pour lui souhaiter la

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