‹ Vie de s. François d'AssiseChapitre 17 sur 257 · ETUDE CRITIQUE DES SOURCES XXXV · texte numérisé non relu

ETUDE CRITIQUE DES SOURCES XXXV

été arrachées. On verra plus loin que son authenticité est parfaitement inattaquable ^ Ce double exemple suffira, j'espère, pour montrer la nécessité d'aborder cette étude par un examen consciencieux des sources.

Si réminent historien dont il vient d'être question était encore de ce monde, il aurait pour cette page son large et bienveillant sourire, ce simple oui y oui... qui faisait jadis trembler d'émotion ses élèves dans la petite salle du Collège de France.

Je ne sais ce qu'il penserait de ce livre, mais je sais bien qu'il aimerait l'esprit dans lequel il est entrepris, et me pardonnerait aisément de l'avoir choisi comme bouc émissaire de mes colères contre les savants et les hagiographes.

Les documents à examiner ont été divisés en cinq catégories.

La première comprend les œuvres de saint François. La seconde, les biographies proprement dites. La troisième, les documents diplomatiques. La quatrième, les chroniques de V Ordre. La cinquième, les chroniques d'auteurs étrangers à

VOrdre.

i. Voir page 384 ss..

Les écrits de saint François^ sont assurément la meilleure source à consulter pour arriver à le connaître, et on ne peut que s'étonner de les voir si négligés par la plupart de ses biographes. Il est vrai qu'ils donnent peu de renseignements sur sa vie, et ne fournissent ni dates, ni faits'; mais ils font mieux que cela : ils marquent les étapes de sa pensée et de son développement spirituel. Les légendes nous racontent François tel qu'il a été, et par là même subissant un peu le joug des circonstances, obligé de se plier aux exigences de sa situation de général d'un ordre approuvé par l'Église, de thaumaturge et de saint. Ses œuvres, au contraire, nous montrent son âme même ; chaque phrase a été non

1. Rassemblés d*abord par Wadding (Anvers, 1623, in4«) ils ont été publiés depuis lors bien des fois, en particulier pir le JP. de la Haye (Paris 1641, in-f«*). Ces deux éditions devenues rares ont été reproduites — d'une manière fort peu satisfaisante — par Fabbé Horoy : S. Francisci Assisiatis opéra omnia (Paris, 1880, in-4<>). En Tabsence d*une édition un peu exacte, celle du R. P. Bernardo da Fivizzano est la plus commode: Opuscoli di S. Francesco d'Asaiai, 1 vol. in-12 de 564 p. Firenze, 1880. Le texte latin y est accompagné d'une traduction italienne. Prix 1.60.

2. a Die Briefe, die unter seinetn Namen gehen^ moyen theilvoeUe âcht sein, Aber aie tragen kaum etwas zur nàfieren Kenntniaa bei und kOnnen daher faat ganz auaaer Acht bleibcn*. Mûller, Die Anfdnge des Minoritenordens, Freiburg i/B., 8», 1885, p. 3.

ETUDE CRITIQUE DES SOURCES XXXVIl

seulement pensée^ mais vécue^ et nous apporte encore palpitantes les émotions du PoveréUo.

Aussi, lorsque dans les écrits des Franciscains, on trouve une parole de leur maître, elle se décèle d'elle* même, elle se détache tout à coup avec un son pur et doux qui va réveiller une fée endormie au fond de votre âme, et vous fait tressaillir.

Cette fleur d'amour des paroles de saint François, serait un fort bon critère pour juger de l'authenticité des opuscules qui lui sont attribués par la tradition; mais ce travail de triage n'est ni long ni difficile. Si plus tard, on a fait çà et là des efforts peu discrets pour lui faire honneur de miracles qu'il n'a pas faits, qu'il n'aurait même pas souhaité faire, on n'a jamais cherché à grossir son bagage littéraire de pièces fausses ou supposées^. La meilleure preuve en est qu'il faut attendre Wadding, c'est-à-dire le dix-septième siècle, pour trouver le premier et le seul sérieux effort tenté en vue de réunir ces précieux souvenirs. Plusieurs se sont égarés ^, mais ce qui reste suffit pour nous donner en quelque sorte la contre-épreuve des légendes.

1. On a hien attribué à saint François des morceaux qui ne sont I>as de lui ; mais ce sont là des erreurs involontaires et faites sans arrière-pensée. Le souci de l'exactitude littéraire est relativement nouveau, et il était plus facile, à ceux qui ignoraient l'auteur de certains opuscules franciscains, de les attribuer à saint François, que d'avouer leur ignorance ou de faire de longues recherches.

2. Par exemple la première Règle ; probablement aussi des cantiques; une lettre aux frères de France, Eccl. 6; une autre aux frères de Bologne : « Prœdixerat per litteram in qua fuit plurimum latinumrt, Eccl. ib. ; une lettre à Antoine de Padoue, autre que celle qui nous reste, puisque, au témoignage de Gelano, elle était adressée : Fratri Antonio episcopo meo (2 Gel. 3, 99) ; des lettres à sainte Glaire : aScripsit Clarœ et sororibus ad consola^ tionem litteram in quâ dahat henedictionem suam et absolvébat^j etc. Conf. fo 185 a 1. Cf. Test. B. Clarœ. A. SS. Augusti t. II,

Dans ces pages, François se donne à ses lecteurs comme il se donnait autrefois à ses compagnons; chacune d'elles est la prolongation d'un sentiment, un cri du cœur, ou un élan vers Tlnvisible.

Wadding a cru devoir insérer dans son recueil plusieurs pièces suspectes ; de plus, au lieu de suivre les manuscrits les plus anciens qu'il avait sous les jeux, il s'est souvent laissé égarer par des auteurs du seizième siècle, dont la critique et l'exactitude étaient bien les : moindres préoccupations. Pour éviter la longue et toute négative besogne à laquelle il faudrait procéder, si on le prenait comme point de départ, je vais me borner à une , étude positive de cette question. I

Toutes les pièces qui seront énumérées se trouvent j dans son recueil. Elles y sont parfois découpées d'une façon bizarre ; mais à mesure que chaque document sera étudié, on trouvera des indications suffisantes pour opérer les redressements nécessaires.

Les archives du Sacro-Convento d'Assise^ possèdent

p. 767 : a Plura scripta tradidil nobis, ne post mortem suam declinaremus a paupertate; des lettres au Cardinal Hugolin. V. 3. Soc. 67. Ce n'est pas seulement à la négligence qu'il faut attribuer la perte de bien des opuscules : « Quod nephas est cogitare, in provincia Marchie et in plurihua aliis locis testamentum beati Francisci mandaverunt {prelati ordinis) districte per obedientiam ab omni' bus auferi et comburi. Et uni fratri devoto et aancto, cujus nomen est N, de Rocanato combuxerunt dictum testamentum super caput suum. Et toto conatu fuerunt soUicitiy annulare scripta beati patris nostri Francisci, in quibus sua intentio de observantia régule declaratur 9, Ubertin de Casai, apud Archiv, III, p. 168-169.

1* L'Italie est trop aimable pour les artistes, les archéologues et les savants, pour ne pas leur faire la faveur d'aménager d'une façon pratique ce dépôt, le plus précieux de toute l'Ombrie. Même avec la complaisance à toute épreuve du conservateur M. Alessandro et de la municipalité d'Assise, il est très difficile de profiter de ces trésors empilés dans une chambre sombre sans une table pour écrire.

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