‹ Vie de s. François d'AssiseChapitre 186 sur 257 · CHAPITRE GÉNÉRAL DE · texte numérisé non relu

CHAPITRE GÉNÉRAL DE

reconquise*. Le renouveau de ferveur qui s'ensuivit et se répercuta jusqu'en Allemagne, eut sur les Frères Mineurs une profonde influence. Cette fois François, peut-être par humilité, ne se mit pas à la tète des frères chargés de la mission en Syrie; il leur donna pour cooducteur le fameux Elie, auparavant à Florence, où il avait eu l'occasion de montrer ses hautes qualités ^.

Ce frère, qui désormais sera au premier plan de cette histoire, sortait des rangs les plus humbles de la société; on ignore la date et les circonstances de son entrée dans l'Ordre, ce qui m'a amené à Thypothèse de voir en lui cet ami de la grotte, qui servit de confident k François, un peu avant sa conversion définitive. Quoiqu'il en soit, pendant sa jeunesse, il avait gagné sa vie à Assise, en faisant des matelas et en enseignant à lire h quelques enfants; puis il avait passé un certain temps à Bologne comme scriptor, et on le trouve tout à coup parmi les Frères Mineurs chargé des plus difiiciles missions.

Ses adversaires proclament à l'envi qu'il fut la plus belle intelligence de tout son siècle; mais on a malheureusement beaucoup de peine, dans l'état actuel des documents, à se prononcer sur ses actes : instruit et énergique, désireux de jouer le premier rôle dans l'œuvre de la réfbrmation religieuse, et ayant son plan arrêté d^avance sur la façon de la réaliser, il alla droit

1. Burchardi chronicon ann, 1217, loc. cit. y p. 377. Voir aussi les boUes indiquées par Potthast 5575, 5585-92.

2. Avant 1217 la charge de ministre existait virtuellement^ quoique son institution définitive ne remonte qu'à 1217. Fr. Bernard, dans sa mission à Bologne par exemple (1212?), exerça bien en quelque sorte la charge de ministre.

à son but, mi-polilique, mi-religieuK. Plein d'admiration et de recoD naissance pour François, il voulait discipliner et consolider le mouvement de rénovation. Dans le cénacle franciscain où Léon, Junipère, Égide et tant d'autres représentent Tesprit de liberté, la religion des simples et des humbles, la poésie ensoleillée de TOmbrie, frère Élie représente Tesprit scientifique et ecclésiastique, la prudence et la raison.

Il eut de grands succès en Syrie, et reçut dans TOrdre un des disciples les plus chers à François, Gésaire de Spire, celui qui devait plus tard conquérir en moins de deux années toute l'Allemagne du Sud (1221 — 1223), et qui finit par sceller de son sang sa fidélité à la stricte observance, qu'il défendait contre les entreprises de frère Élie lui-même *.

Gésaire de Spire offre un brillant exemple de ces âmes en peine, altérées d'idéal, si nombreuses au treizième siècle, qui couraient de tous côtés, cherchant d'abord dans la science, puis dans la vie religieuse, de quoi étancher la soif mystérieuse qui les tourmentait : disciple de l'écolâtre Gonrad , il s'était senti eotraiué par le désir de réformer l'Église; encore laïque, il avait prêché ses idées, non sans quelque succès, puisqu'un certain nombre de dames de Spire commencèrent à mener une vie nouvelle; mais leurs maris s'étant fâchés, le prédicateur^ pour échapper à leur vengeance, dut se réfugier à Paris, et partit de là pour l'Orient où il retrouva, dans la prédication des Frères Mineurs, ses

1. Incarcéré par ordre d'Élie, il serait mort à la suite des coups qu'on lui donna un jour qu*il s'était promené hors de sa prison. TribuL 24 a.

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