CHAPITRE GÉNÉRAL DE
pape et le sacré collège pouvaient avoir contre François, était de le présenter à la curie.
Celui-ci fut d'abord bien intimidé à la pensée de prononcer un discours devant le vicaire de Jésus-Christ, mais sur les instances de son protecteur, il se décida, et pour plus de sûreté apprit par cœur ce qu'il devait dire.
Hugolin n'était cependant pas tout à fait rassuré sur l'issue de cette démarche : Thomas de Celano nous le montre dévoré d'inquiétude ; il souffrait pour François dont la naïve éloquence pouvait courir bien dés risques dans les salles du palais de Latran; il n'était pas non plus sans quelques préoccupations plus personnelles, car l'échec de son protégé aurait pu lui nuire beaucoup. Il fut d'autant plus en peine qu'arrivé auK pieds du pontife, François oublia tout ce qu'il devait dire, mais il l'avoua ingénument, et demandant à son inspiration un nouveau discours, parla avec tant de chaleur et de simplicité que l'assemblée fut subjuguée^.
Les biographes sont muets sur le résultat pratique de cette audience; on ne saurait s'en étonner: ils n'ont d'autre but que l'édification. Ils écrivaient après l'apothéose de leur maître, et auraient eu mauvaise grâce à
i. 1 Gel. 73 (Cf. 2 Gel. 1, 17 ; Spec. 102 a); 3 Soc. 64; Bon. 78. La fixation de cette scène à Thiver de 1217 — 1218 ne paraît guère pourvoir éire contestée: le récit de Jourdain (14) détermine en effet la date à laquelle Hugolin devint officiellement protecteur de l^Ordre (fin de 1220), et il suppose des relations antérieures entre Uonorius, François et Hugolin. On est donc amené à recher- -cher une date à laqueUe ces trois personnages aient pu se rencontrer à Rome, et on arrive ainsi à la période qui va de déc. 1217 à ^vril 1218.
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iDsister sur les difQcuItés rencontrées par lui durant les premières années ^.
Le Saint-Siège devait se trouver fort perplexe devant cet homme étrange, dont la foi et rhumilité s*imposaient, mais auquel on ne pouvait inculquer l'obéissance ecclésiastique.
Saint Dominique se trouvait à Rome à la même époque^, et y était comblé de faveurs par le pape. Oo sait qu'Innocent III l'ayant invité à choisir l'une des règles déjà approuvées par l'Église, il était allé retrouver ses frères à Notre-Dame de Prouille, et après en avoir conféré avec eux, avait adopté celle de saint Augustin; aussi Honorius ne lui marchanda-t-il pas les privilèges. Il ne parait guère possible qu'Hugolin n'ait pas cherchée influer par lui sur saint François.
La curie sentait bien qu'il n'y avait pas en Dominique, dont l'ordre comptait, à peine quelques douzaines de membres, une des puissances morales de l'époque, mais elle n'avait pas devant lui les sentiments si mélangés qu'elle éprouvait devant François.
Réunir les deux ordres, jeter sur les épaules des Dominicains la robe brune des pauvres d'Assise, et faire
1. Un mot de frère Jourdain permet cependant de hasarder quelques conjectures : o Seigneur, dit François en 1220 à Honorius III, vous m*avez donné beaucoup de papes, donnez m^en un seul auquel je puisse m'adresser pour les affaires de mon Ordre. • ^Jord. 14. Multos mihi papas dedisti da unum,,, etc.)
Est-ce que cela ne suggère pas Tidée que le pontife avait peutêtre nommé une commission cardinalice pour s'occuper des Frères Mineurs? Les délibérations de celle-ci et les événements qui seront racontés au chapitre suivant auraient motivé la bulle Cum dilecH du 11 juin 1219 qui ne fut pas une approbation proprement dite, mais un sauf-conduit en fàveur des Franciscains.